Acheter un appartement, le sacrifice d'une vie en Chine
le 14/12/2009 à 10h34
par Fran Wang (AFP)
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Dans les grandes villes de Chine, accéder à la propriété est pour beaucoup un rêve impossible à réaliser. Les prix ne cessent d'augmenter sur le marché de l'immobilier et le problème du logement est une source d'anxiété pour la nouvelle classe moyenne.
Jenny Jin et son mari cherchent à acheter un
appartement depuis un an mais ont jusqu'à présent été effrayés par la hausse des
prix de l'immobilier en Chine.
Pourtant ce couple de Shanghai, qui dépense un cinquième de ses revenus
mensuels de 1.300 euros en loyer, estime qu'il ne peut plus reculer: il attend
un enfant pour février.
"Je n'ose plus vraiment dépenser pour autre chose avant d'avoir acheté un
logement. C'est devenu une pression énorme", dit à l'AFP Jenny Jin, 29 ans,
ingénieure informatique.
"Je me donnerais des claques de ne pas avoir acheté quand il fallait.
Maintenant, la hausse des salaires ne rattrapera jamais la hausse des prix de
l'immobilier", dit-elle.
En novembre, les prix de l'immobilier dans 70 villes de Chine ont progressé
de 5,7% en glissement annuel, plus forte hausse en 16 mois et sixième mois
consécutif d'augmentation.
Les prix et les ventes ont rebondi grâce à une politique mise en place
depuis un an par les autorités pour faciliter le crédit, accorder des
incitations fiscales, baisser le seuil du premier versement.
Certains s'inquiètent désormais d'une possible bulle immobilière,
soupçonnant que des capitaux initialement destinés à des projets de relance de
l'économie n'aient atterri dans l'immobilier à des fins spéculatives.
Par ricochet, des candidats à l'achat ont craint que les autorités ne
mettent un terme aux mesures favorables l'année prochaine et se sont rués sur
des acquisitions, contribuant à la hausse des prix.
Le gouvernement a d'ailleurs pris une première décision antispéculation au
cours de la semaine écoulée, annonçant qu'à partir de janvier, tout appartement
revendu moins de cinq ans après son achat serait taxé à 5,5% - au lieu de deux
années jusqu'à présent.
Pour le plus grand nombre, une acquisition immobilière engloutit les
économies d'une vie, parfois celles des parents et même des grands-parents, sans
pour autant leur éviter des années de crédit à rembourser.
"Si mes parents ne nous avaient pas aidés, nous n'aurions pas eu les
moyens", dit Chris Zhang 31 ans, mère d'un bébé de neuf mois.
Zhang et son mari, qui vivaient avec les parents de la jeune femme, viennent
d'acheter un petit deux-pièces subventionné par le gouvernement en banlieue de
Pékin pour 40.000 euros - huit fois leurs revenus annuels.
Ne pas posséder de logement, synonyme de malheur
Une récente étude de l'Association des médecins de Chine, auprès de trois
millions d'employés de bureau, soulignait qu'un achat immobilier était la
première cause d'anxiété pour la moitié des personnes interrogées.
57% des personnes ayant répondu à un sondage de Iyaya.com, un site ciblant
les jeunes parents, estiment aussi que "posséder une maison n'apporte pas
forcément le bonheur, mais ne pas en avoir est synonyme de malheur".
La chasse à l'appartement est même devenue le sujet d'une série télévisée,
adaptée d'un roman qui est numéro un des ventes dans le pays et raconte les
aventures d'une jeune femme devenant la maîtresse d'un responsable officiel afin
d'aider sa soeur à acheter une maison. Le thème a fait naître un débat sur ce
que les gens seraient prêts à sacrifier pour la cause immobilière.
Sujet sensible dans un pays où plus d'une fiancée exige du futur mari de
devenir propriétaire.
Si le gouvernement semble décidé à freiner les achats immobiliers
spéculatifs, nul n'attend de mesures extrêmes qui entraveraient la croissance
d'un secteur vital pour la troisième économie de la planète. "La demande pour les exportations chinoises devrait décevoir l'année
prochaine, et il y a des limites aux mesures de relance. Il est possible que
l'on s'appuie beaucoup sur le secteur immobilier pour engendrer de la
croissance, augmentant les risques de bulle", estime Ben Simpfendorfer,
économiste à Hong Kong de Royal Bank of Scotland, dans une note.
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