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Areva va finalement couler le béton de son EPR en Chine, au prix de la technologie

le 27/10/2009 à 8h49  par Harold Thibault (Aujourd'hui la Chine)

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Plusieurs fois reporté, le début des travaux du nucléaire de troisième génération est finalement imminent. Ce "contrat du siècle" signé lors de la visite de Sarkozy à Pékin il y a deux ans a été chèrement renégocié par les autorités chinoises. Areva fera-t-il une bonne affaire ?

La première coulée de béton du réacteur nucléaire de troisième génération du groupe français Areva est "imminente" à Taishan, dans la province du Guangdong. Elle devrait avoir lieu dans les prochains jours, dit-on de source proche du dossier. Le projet a reçu jeudi 22 octobre l'aval du Conseil des Affaires d'état, le gouvernement chinois.

Initialement prévue en août dernier, cette cérémonie avait été repoussée deux fois, pour des raisons "météorologiques et administratives" selon Areva, qui avait alors expliqué que des typhons passaient dans la région. Cette étape avait été décallée mi-septembre à "bientôt". Le gouvernement chinois semblait avoir d'autres priorités.

Réussir à installer le dernier cri du réacteur nucléaire a été un parcours semé d'embûches pour Areva qui travaille avec EDF sur l'EPR. Il commença par un coup dur, en 2006: deux ans après un premier appel d'offres, Areva se fait clouer au poteau par l'américain Westinghouse, qui remporte le plus gros contrat jamais signé dans le nucléaire civil: la construction de 4 réacteurs dits de troisième génération, deux dans le Zhejiang, une province de l'est, et deux dans le Guangdong, dans le sud. Pour la première fois, Westinghouse, racheté entre temps par Toshiba, va pouvoir construire son AP 1000, d'une puissance de 1100 mégawatts contre 1600 pour le Réacteur Pressurisé Européen. Outre que l'administration américaine de l'époque a su user de sa diplomatie, la Chine ne cache pas la raison principale de son choix: le transfert de technologie. A Paris, certains reprochent alors à la présidente du groupe, Anne Lauvergeon, de ne pas avoir accepté de céder un peu du savoir-faire d'Areva pour vendre l'EPR.

Il faut attendre novembre 2007 et la visite de Nicolas Sarkozy à Pékin pour qu'Areva obtienne sa part du gâteau chinois: la construction de deux EPR pour la China Guangdong Nuclear Power Company (CGNPC), ainsi que la fourniture de combustible pendant 20 ans pour 8 milliards d'euros. La Chine veut à terme maîtriser seule la technologie des réacteurs de troisième génération et ne souhaite pas se couper du savoir-faire français ni être dépendante de la seule technologie américaine.

Mais le tour n'est pas joué pour autant. Au début de l'année 2008, le partenaire chinois d'Areva conditionne l'exécution du contrat du siècle à un engagement de la part des Français quant au transfert de la technologie de retraitement de combustible. Un savoir-faire précieux que possède Areva. Au même moment, l'on apprend qu'un haut responsable d'Areva a été interdit de sortir du territoire chinois pour rester à disposition des autorités dans le cadre d'une enquête pour corruption visant l'un des vice-directeurs de CGNPC.
 
Vient ensuite la brouille franco-chinoise, après le passage chaotique de la flamme olympique à Paris et, quelques mois plus tard, la rencontre entre Nicolas Sarkozy et le dalaï lama. Certaines commandes passées à de grands groupes français sont ralenties. La situation a-t-elle freiné la construction des EPR déjà signés ou les projets futurs d'Areva ? Difficile à évaluer au final, répond une personne qui a suivi le dossier, les négociations sur de tels projets se déroulant dans un laps de temps plus long que n'aura duré l'orage diplomatique.

En août 2009, ce sont des soupçons de corruption concernant Areva qui sortent dans la presse. Kang Rixin, numéro un du nucléaire chinois est limogé et fait l'objet d'une enquête : il est soupçonné d'avoir détourné des fonds publics et reçu des dessous de table pour 1,8 milliards de yuans. Pourtant rarement abandonnés à la liberté de révéler des scoops, les médias chinois se demandent alors si M. Kang n'aurait pas fourni à Areva des informations sensibles dans le cadre de l'appel d'offres de 2004, celui que Westinghouse avait finalement remporté.
 
Parallèlement aux problèmes touchant à la Chine, les difficultés et les surcoûts se sont multipliés sur les autres chantiers d'EPR, ce qui a peut-être suscité des questions en Chine. "Les Chinois doivent regarder à Flamanville (France) et en Finlande, ils voient que même Areva et EDF, les constructeurs, n'arrivent pas à le construire" dit Stéphane Lhomme, porte-parole de l'association Sortir du nucléaire.
 

Dans ce dossier, la question la plus complexe pour Areva aura été celle du transfert de technologie. Une interrogation qui n'est pas propre au géant français du nucléaire mais concerne toutes les entreprises étrangères possédant un savoir-faire technique dont ne dispose pas encore la Chine, et qui sont désireuses de profiter de ses marchés. Dans un entretien donné début 2009 au quotidien économique Financial Times, le patron d'Alstom Transport s'était insurgé contre les méthodes chinoises. "Nous commençons à voir des entreprises chinoises répondre à des appels d'offres autour du monde pour des locomotives de trains de marchandises, certaines étant basées sur de la technologie transférée" déclarait-il, déplorant que ces technologies aient pourtant été transférées pour un seul usage interne. La Chine considère elle qu'il faut profiter de l'intérêt des étrangers pour son immense marché pour récupérer son retard technologique. Particulièrement lorsqu'il s'agit de domaines stratégiques tels que le nucléaire.

Pour Areva, le dilemme a été de savoir quelle quantité de son savoir elle était prête à donner aux Chinois pour leur vendre l'EPR. Le risque étant évidemment de se voir par la suite concurrencer par les Chinois qui souhaitent eux aussi à terme être des compétiteurs tant sur leur marché intérieur qu'à l'international. Son concurrent Westinghouse s'est résolu à transférer les technologies de son AP 1000, qu'il est en train de construire pour la première fois. En remportant ce gros contrat, il souhaitait ainsi affaiblir durablement Areva, quitte à contribuer à l'émergence d'un champion chinois.

Areva a accepté de constituer une coentreprise avec son partenaire en Chine. L'accord prévoit la localisation de la construction de la majeure partie des gros composants dès le deuxième réacteur. Le géant français du nucléaire espère que, par la suite, les autres projets de réacteur de troisième génération en Chine passeront par lui. Un choix qui n'est pas sans risque. La filière du nucléaire civil chinois ne dissimule pas son ambition: devenir apte à maîtriser l'ensemble du processus de construction des centrales.

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