Concilier les cultures de managment, un défi pour les multinationales en Chine
le 3/7/2010 à 11h38
par Benoît Guivellic (Aujourd'hui la Chine)
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En Chine comme ailleurs, les dirigeants des multinationales doivent savoir composer avec la culture locale. Comment adapter à l’Empire du milieu, prises de décisions managériales et stratégies de négociation ?
M. Gao est vice-président de Siemens Chine. Après avoir fait ses études et les vingt premières années de sa carrière en Allemagne, il peut se vanter de bien connaître les différences culturelles existant entre l'Europe et la Chine. Or, pour lui qui gère une équipe internationale de managers, la connaissance et l'appréciation de ces différences est primordiale.
« En tant que patron, j'agis différemment avec les managers chinois et les managers allemands, a t-il expliqué lors d'une conférence organisée au Centre culturel de Pékin. Ils ont une manière de fonctionner tout à fait différente. En Allemagne, on établit un but à atteindre, et on laisse le manager se débrouiller. Les Allemands ont besoin d'être libre dans la manière de faire leur travail. Mais en Chine, il faut en plus expliquer comment parvenir à ce but. C'est pourquoi en Europe la notion de travail d'équipe est importante. Là bas, la responsabilité est personnelle, alors qu'en Chine, elle est collective ».
Dans leurs prises de décisions, les dirigeants doivent également faire avec les différences culturelles de leurs employés. « En Allemagne, il existe une culture du feedback et du dialogue au sein de l'entreprise qui n'existe pas du tout en Chine. Ici au contraire, les gens font attention de ne pas donner leur avis, surtout à leur supérieur, et évitent à tout prix les conflits d'opinion. Je ne peux donc pas attendre de retour honnête de la part de mes subordonnés, à moins de savoir lire entre les lignes ».
« Ne faites pas semblant d'être Chinois si vous ne l'êtes pas »
Lire entre les lignes, Charles Lagrange a appris à le faire pendant les cinq ans qu'il a passés en Chine en tant que directeur des projets de développement pour Total.
« Comme dans n'importe quel autre endroit du monde, il est absolument nécessaire d'apprécier l'écart culturel et de modifier son comportement en fonction », insiste M. Lagrange, qui a exercé dans plus de 20 pays. « Pour autant, ne faites pas semblant d'être Chinois si vous ne l'êtes pas ! Beaucoup font ça, mais ça ne marche pas. Nous sommes des laowai (étrangers), nous resterons toujours des laowai », estime t-il.
Passant désormais le plus clair de son temps à négocier des contrats avec des partenaires chinois, il est convaincu de l'importance de l'écoute et de l'honnêteté vis-à-vis de ses homologues.
« En Chine, vous devenez amis d'abord, et ensuite, vous parlez affaires. C'est un peu comme si les chinois avaient d'abord une image en 2D de vous, et qu'ils voulaient vous voir en 3D avant de traiter. C'est pour cela qu'ils veulent vous connaitre dans toutes les situations : le matin au réveil, le soir, en état de pleine lucidité et aussi complètement ivre. Ensuite seulement ils estiment pouvoir vous faire confiance. Par contre, une fois que la confiance est établie, traiter avec eux est un vrai plaisir ».
« On est en permanence dans des regards croisés »
Directrice du site eoc-intercultural.com et coach en global leadership, Edith Coron insiste quant à elle sur la nécessité de prendre conscience de sa propre « programmation culturelle ».
Pour elle, « on est en permanence dans des regards croisés, et il faut se rendre compte de la part d'incompréhension que l'on apporte. Par exemple, les Français ont tendance à être directs, voir brutaux dans leurs feedbacks, ce qui est souvent considéré par les Chinois comme de la grossièreté, ou comme un manque de finesse vis-à-vis du groupe dans lequel on opère. Si l'on ne fait pas l'effort de se connaître soi-même, cela aboutit souvent à des clashs ou à des jugements de valeurs à l'emporte pièce de type ‘les Chinois sont fourbes', etc. Il faut avoir de l'humilité ».
Les différences culturelles représentent donc souvent un défi en entreprise, mais il est également possible de les utiliser comme un atout.
« Je dois faire différemment avec les particularités de chacun, mais le mieux, c'est d'arriver à les combiner et à tirer le meilleur de chaque individu», explique M.Gao. « La diversité, ce n'est pas seulement une question de pays, conclut Edith Coron. C'est aussi différentes manières de penser, de fonctionner. Et il faut bien comprendre que c'est ça aussi, les différences culturelles : quelque chose sur lequel il faut savoir capitaliser "
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