En Chine, une première Gay Pride en toute discrétion
le 13/6/2009 à 12h44
par AFP et la rédaction
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Sans défilé haut en couleur ni tapage publicitaire, la première Gay Pride de Chine s'est tenue cette semaine à Shanghai, en toute discrétion, et sous l'impulsion de la communauté d'expatriés anglophones. Certains événements ont pourtant été annulés
Dans un pays où l'homosexualité n'est plus taboue mais commence à peine à
être tolérée, les organisateurs - des étrangers installés en Chine - n'ont pas
voulu brusquer les autorités.
"Shanghai Pride" se passe donc de défilé coloré, typique des
manifestations de la fierté homosexuelle en Europe et aux Etats-Unis, et se
contente de célébrer l'homosexualité dans des lieux privés, ce qui évite d'avoir
à demander une autorisation officielle, autour d'événements en anglais.
Des événements ont pourtant été annulés.
La projection d'un film et la représentation d'une pièce de théâtre ont fait
les frais des interventions officielles, a expliqué à l'AFP, sous le couvert de
l'anonymat, un porte-parole de Shanghai LGBT (Lesbian, Gay, Bisexual ou
Transgender).
La projection du film, qui devait se tenir dans un restaurant a été annulée
"à la dernière minute mercredi soir", après l'intervention de responsables du
Bureau de l'Industrie et du Commerce municipal, ayant signifié à l'établissement
qu'il n'avait aucune autorisation pour projeter des films. Le même scénario s'est déroulé dans une galerie d'art qui devait accueillir
une représentation théâtrale du "Projet Laramie", vendredi soir.
Un employé du Bureau de l'Industrie et du Commerce, contacté par téléphone,
a affirmé tout ignorer de cette affaire.
"Je ne pense pas que le gouvernement s'efforce d'arrêter nos événements. Il
s'agit d'interventions beaucoup plus locales. Elles ont cependant un effet très
intimidant sur notre public, en particulier le public chinois", a souligné le
porte-parole de Shanghai LGBT. Lors d'une soirée littéraire mardi, des policiers en uniforme sont entrés
dans la salle. "Rien ne s'est passé, mais si vous êtes dans le public et que
vous voyez des policiers débarquer, vous êtes intimidés", a ajouté
l'organisateur.
Avant ces incidents, la Shanghai LGBT attendait environ 2.000 personnes sur
l'ensemble de la semaine, prévoyant notamment une grande journée de fête samedi,
entre barbecue, "mariages" gays et soirée dans un bar branché de la métropole
chinoise.
Les deux lieux qui accueillent cette journée ont reçu des appels des
autorités, mais aucune annulation n'était prévue vendredi.
Il faut dire que l'organisation a été plus discrète que lors des fiertés homosexuelles organisées en Europe ou aux Etats-Unis.
Pour les premiers événements, le public était majoritairement expatrié.
"Même si on parle de (Shanghai Pride) depuis longtemps, les nouvelles
publiées en chinois à ce propos ne sont que très récentes", explique Xing Zhao,
un homosexuel qui compte assister à une grande soirée prévue samedi au Glamour
bar, endroit "branché" sur la mythique promenade du Bund, essentiellement
fréquenté par des Occidentaux.
Le site internet de cette Gay pride à la chinoise n'a pas de version en
chinois.
"Nous avons conscience que développer la compréhension et l'acceptation d'un
mode de vie non traditionnels prend plus de temps que de construire des
gratte-ciels. Nous espérons que ce festival travaillera positivement dans ce
sens", a estimé dans un communiqué Hannah Miller, porte-parole de
l'association.
Pourtant, la communauté gay chinoise n'est pas persuadée de voir la cause
homosexuelle progresser rapidement en Chine. "Je ne pense pas que la Shanghai
Pride change d'un seul coup la perception des gens à l'égard des homosexuels",
estime Wang Jin
"Mais c'est toujours mieux qu'elle ait lieu que le contraire", estime cette
lesbienne chinoise de 27 ans, qui a entendu parler de cette semaine spéciale,
mais n'en connaît pas le déroulement et n'y prendra pas part.
"Ils ne viennent pas avec de mauvaises intentions, mais c'est une culture
gay très occidentale et ce n'est pas suffisant pour inclure les Chinois, alors
qu'il y a tellement d'homosexuels chinois dans une ville comme Shanghai",
souligne Xing Zhao.
Ce trentenaire fréquente des thés dansants réservés aux hommes gays, pour
seulement 5 yuans l'entrée (50 centimes d'euros) dont la clientèle est
uniquement chinoise.
Samedi, le barbecue prévu en début d'après-midi coûtera 150 yuans (15
euros). Une somme non négligeable pour le public local.
L'argent récolté pendant la semaine sera versé à la Fondation Chi Heng de
Hong Kong afin de financer son projet Orphelins du Sida en Chine.
Shanghai, avec sa vie nocturne trépidante et son cosmopolitisme, reste une
ville très ouverte pour la communauté gay, en comparaison du reste de la Chine.
De nombreux bars ont capté une clientèle exclusivement homosexuelle, quand
certaines villes côtières également ouvertes sur l'international n'en comptent pas
un, à l'instar de Qingdao (nord-est).
Le China Daily estime à 30 millions le nombre d'homosexuels en Chine, moins
de 3% de la population.
Signe des temps qui changent alors que l'homosexualité a été décriminalisée
en 1997 et n'est plus une "maladie mentale" depuis 2001, le quotidien faisait
mercredi sa une sur le festival homosexuel.
Il citait l'un des organisateurs, Tiffany Lemay, une Américaine, qui se
félicitait de la "grande participation" lors des deux premiers jours de la
"Shanghai Pride".
ShanghaiSexe
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