Grâce à la crise, la Chine fait ses courses à travers le monde
le 19/3/2009 à 11h30
par Joëlle Garrus (AFP)
Poster un commentaire :
(4 avis)
Les investisseurs chinois privés et publics, dotés de précieuses "liquidités", investissent à travers le monde dans des entreprises faisant face à une conjoncture difficile.
Quel rapport entre le géant minier anglo-australien Rio Tinto et le dernier fabricant français de moteurs diesel pour la marine ? La Chine, et son insolente abondance de liquidités qui lui permet de racheter sur tous les continents des entreprises mises en difficulté par la crise.
Les investissements chinois à l'étranger pourraient exploser avec la plongée dans le rouge des entreprises étrangères et la baisse du prix des actifs, surtout dans les matières premières, très prisées par Pékin.
Proposé en février, l'investissement de Chinalco dans Rio Tinto, de 19,5 milliards de dollars américains, représentera, s'il aboutit, la moitié de ses achats non-financiers à l'étranger l'an dernier.
En 2008, la Chine a directement investi à l'étranger 40,65 milliards de dollars, hors secteur financier, en hausse de 63,6% sur un an, ainsi que 11,5 mds dans le financier, selon ses statistiques.
L'année 2009 a démarré sur les chapeaux de roues, notamment dans le secteur des ressources. Quatre jours après Chinalco, ce fut ainsi au tour du chinois Minmetals d'offrir 2,6 milliards de dollars australiens (1,3 milliard d'euros) pour le contrôle d'OZ Minerals, groupe minier australien criblé de dettes.
Et début mars, le gouvernement chinois dépêchait une délégation en Europe pour y étudier les possibilités de prises de participation, une démarche assez exceptionnelle.
"Il est important pour l'économie mondiale de promouvoir les relations d'investissements. Nous allons envoyer de nouvelles missions axées sur les investissements, le commerce et la coopération technologique", a annoncé lundi un porte-parole du ministère du Commerce.
La Chine a les moyens de ses ambitions: "la liquidité", souligne la banque Standard Chartered dans une étude. "Les entreprises et les banques de Chine sont (généralement) liquides et pas beaucoup endettées. En revanche, les cibles potentielles sont souvent lourdement
endettées. Les entreprises chinoises sont presque les seules à être bien placées pour profiter de la détresse des firmes étrangères qui ont besoin de refinancement", ajoute la banque américaine.
L'Etat chinois aussi peut se permettre de déverser les subsides. Soulignant que son pays tenait ses promesses d'aide à l'Afrique malgré la
crise, le président Hu Jintao a ainsi accordé des prêts tous azimuts lors de sa tournée le mois dernier sur le continent.
Mais surtout, l'Etat a puisé dans ses coffres pour des prêts en contrepartie d'accords de livraison de pétrole. Mi-février, la Russie est convenue de lui livrer 15 millions de tonnes de pétrole par an pendant 20 ans, moyennant 25 milliards de dollars de prêts chinois à ses entreprises pétrolières. Dans la foulée, Pékin achetait pour 100.000 à 160.000 barils de brut brésilien par jour, tandis que la China Development Bank examinait le financement de projets d'exploration au Brésil, pouvant aller jusqu'à 10 milliards de dollars.
"Rien qu'en février il y a eu pour 65 milliards de dollars d'accords" en prêts et investissements, souligne Standard Chartered.
Ce n'est pas fini: pour encourager ses entreprises à franchir ses frontières, la Chine assouplit les procédures. Dès le 1er mai, les projets de
moins de 100 millions de dollars pourront se contenter de l'aval des autorités locales, sans remonter jusqu'au centre.
En revanche, le trajet inverse des capitaux semble plus aléatoire, comme l'a montré le veto de Pékin mercredi au rachat du leader chinois du jus de fruits Huiyuan par l'américain Coca-Cola, qui aurait constitué la plus importante prise de contrôle d'une société chinoise par une compagnie étrangère.
Découvrez Yangshan, le port de la démesure, un reportage sur le plus grand port du monde aux portes de Shanghai
économie
Poster un commentaire :
(4 avis)