L'acquisition de Hummer critiquée en Chine
le 8/6/2009 à 11h37
par Joëlle Garrus (AFP)
Poster un commentaire :
(2 avis)
Depuis l'annonce qu'un groupe chinois jusqu'alors inconnu du public, Tengzhong, allait racheter la marque Hummer de General Motors, analystes et médias chinois mettent en doute, parfois avec passion, le bien-fondé de l'opération.
La nature de la cible, la double inexpérience de l'acheteur en matière
d'automobile et d'international, le contexte de crise mondiale: tous les
arguments sont avancés pour décréter, comme le Global Times, que "la fièvre
chinoise pour Hummer devrait cesser".
D'habitude prompte à dénoncer les vetos étrangers à des acquisitions
chinoises, comme l'échec vendredi d'un accord entre Chinalco et Rio Tinto, la
Chine cette fois tremble de voir le groupe du Sichuan (sud-ouest) emporter le
morceau si l'accord de principe avec GM se concrétise.
"Engloutisseuse de carburant"
Sichuan Tengzhong Heavy Industrial Machinery produit des machines pour
construire des routes et des ponts ou utilisées dans l'industrie énergétique.
Tengzhong "n'a aucune expérience dans la production de voitures; cela va
aggraver ses difficultés pour gérer une marque (...) engloutisseuse de
carburant, allant à l'encontre des tendances aux économies d'énergie et
réductions d'émissions", a souligné un analyste de China Galaxy Securities Zuo
Xiaolei, dernier critique en date de l'accord, cité samedi par l'agence
officielle Chine Nouvelle.
A cause de son énorme consommation de carburant, les ventes de Hummer se
sont effondrées en Amérique du nord ces dernières années.
En Chine, où il est fort apprécié par certains amateurs de signes extérieurs
de richesse, le massif 4X4, dérivé du Humvee militaire, est devenu depuis
l'accord annoncé mercredi le symbole du "trop polluant" dans un pays ayant de
vrais soucis environnementaux.
"Le rachat arrive à une époque où la Chine devrait acheter moins de Hummer,
pas plus", a dénoncé le Global Times.
Manque d'expérience
Or Tengzhong devrait notamment viser le marché chinois - seul marché
automobile fringant de la planète.
"Nous voulons faire de Hummer une marque globale et cela devrait
certainement inclure le marché chinois", a déclaré cette semaine à l'AFP un
responsable de la communication requérant l'anonymat.
Les analystes se demandent aussi si le groupe de Chengdu saura digérer la
marque ou réitèrera le rachat malheureux par SAIC en 2004 du constructeur
sud-coréen Ssangyong, aujourd'hui en redressement judiciaire.
"Je ne vois pas comment un constructeur chinois pourrait acquérir Volvo ou
Hummer. Ce n'est ni réaliste financièrement, ni en termes de management (...)
alors que leur expérience avec les étrangers se résume à leurs coentreprises en
Chine", déclarait récemment à l'AFP John Zeng de Global Insight.
"L'échec de SAIC a affecté la réputation des entreprises chinoises en Corée
du sud", reconnaît Jia Xingguang, analyste de China National Automobile Industry
Consulting and developing Corp.
"Hummer - qui est une petite entreprise - n'aurait pas convenu à un groupe
automobile chinois. Mais la coopération avec Tengzhong peut s'avérer bonne. Et
si Tengzhong réussit, cela va renforcer la réputation des compagnies chinoises à
l'étranger", souligne-t-il.
Reste à savoir si, comme l'ont affirmé des médias, les régulateurs chinois
objecteront à la transaction.
"Tengzhong est une entreprise privée. Les acquisitions à l'étranger sont
découragées pour les constructeurs publics", relève Jia.
"Le gouvernement n'a pas à s'occuper de cet accord, qui est petit, de
l'ordre de quelques centaines de millions de dollars, et n'affectera pas
l'industrie automobile", ajoute-t-il.
automobileéconomie
Poster un commentaire :
(2 avis)