La Chine aux cheveux gris, vieille avant d'être riche
le 14/1/2010 à 11h58
par Pascale Trouillaud (AFP)
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Avec ses 162 millions d'habitants de plus de 60 ans et un taux de vieillissement accéléré, la Chine est le seul pays en développement confronté à ce paradoxe: devenir vieux avant d'être riche.
C'est la rapidité avec laquelle la population âgée croît qui inquiète les
démographes et le gouvernement chinois.
En 2020 la Chine comptera 248 millions de plus de 60 ans, soit 17% de sa
population (12% actuellement) et en 2050 environ 24%, un Chinois sur quatre.
Des niveaux intenables si, comme aujourd'hui, les deux tiers des ruraux
n'ont pas de retraite et les infrastructures en matière de santé sont très
insuffisantes. "Le vieillissement de la population va être un énorme problème social",
prédit Wang Xiaoyan, fondatrice de Community Alliance, l'une des rares ONG à
s'occuper des seniors chinois.
La première génération de parents touchés par la politique de l'enfant
unique -qui a permis d'empêcher la naissance de 400 millions de Chinois -
arrive à la soixantaine. Et les migrations urbaines sans précédent d'ouvriers ou
d'étudiants ont achevé de faire imploser la cellule familiale traditionnelle.
De plus en plus, prévaut la redoutable pyramide inversée du 4-2-1: ses
quatre grands-parents et deux parents sont à la charge de l'enfant unique.
Résultat: la moitié des Chinois de plus de 60 ans, soit 80 millions, vivent
dans "un nid vide", sans enfants, ceux-ci ne pouvant plus assumer.
5,5 millions de lits manquent à Pékin
L'enjeu du vieillissement n'a pas échappé à Pékin, qui lance cette année une
politique de retraite, encore très modeste, auprès de 10% des ruraux, et
augmente les allocations aux personnes âgées.
Le gouvernement veut permettre à 90% des plus de 60 ans de rester en famille
avec une assistance extérieure, 6% d'être pris en charge, toujours chez eux, par
les collectivités et 4% les maisons de retraite. Mais les 40.000 maisons de retraite de Chine n'ont que 2,5 millions de lits.
"Aujourd'hui, il en manque 5,5 millions pour faire face à la demande", dit Mme
Wang.
En banlieue de Pékin, la maison de retraite Ren Ai ("Bonté-Amour") est en
plein travaux et aura bientôt 400 lits supplémentaires, multipliant sa capacité
par cinq, explique sa directrice.
"Il y a pénurie de maisons de retraite", dit Wang Liwen, qui a sous le coude
entre 200 et 300 demandes d'inscription.
Les résidents, anciens ouvriers ou paysans "avec de toutes petites
pensions", paient entre 1.350 et 1.550 yuans par mois (140 à 160 euros) dans
cette institution aux murs décrépis et moquettes fanées.
Mme Wang, qui reçoit en parka dans un bureau glacial, fait ensuite visiter
les futures chambres: parfois, trois lits dans une pièce de 20 m2 sans fenêtre.
"Certaines des vieilles personnes pensent que leurs enfants les ont
abandonnées", dit-elle.
"On vieillit avant d'être riches"
Le démographe Wu Cangping, qui à 88 ans enseigne toujours à l'université
Renmin, rappelle qu'"en Chine, pendant longtemps, les personnes âgées ont compté
sur leurs enfants".
"Maintenant, les enfants n'ont pas assez d'argent pour s'occuper des
parents. On vieillit avant d'être devenus riches!", lance-t-il.
"Le gouvernement dépense très peu pour les soins et la santé", mais les
choses changent et "nous ne connaîtrons pas la crise (du vieillissement) des
pays occidentaux", assure le démographe, en allusion aux énormes rentrées
fiscales engrangées par la Chine grâce à sa croissance.
Dans la maison de retraite Ren Ai, Ma Shufan, bon pied bon oeil malgré ses
86 ans, se dit ravie d'avoir de la compagnie.
"C'est bien mieux que chez mes enfants: ils doivent aller travailler, et
personne n'a le temps de me parler. Chez lui, mon fils n'avait pas de pièce pour
moi", explique cette ancienne institutrice.
Et surtout, elle a trouvé des partenaires de mah-jong. Parmi ceux qui
avaient encore toute leur tête.
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Démographiesanté
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