La Chine gagnée par la fièvre de la salsa
le 24/6/2009 à 12h06
par François Bougon (AFP)
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La salsa n'est plus seulement l'affaire d'expatriés latino-américains en Chine. En quelques années, elle a séduit de nombreux Chinois, reflétant la rapide ouverture du pays aux cultures extérieures
C'est le grand soir pour Wang Ying, qui a mis sa
tenue de fête: une robe moulante rouge et des chaussures à talon parsemées de
paillettes pour cette étudiante chinoise passionnée de salsa.
"La première fois que j'ai vu des gens danser la salsa, je me suis dit: Ah
la la, qu'est-ce que c'est beau!", explique la jeune femme de 25 ans, qui étudie
l'anglais à Pékin après des études de comptabilité.
Elle prend des cours depuis 2005 et, alors que l'été arrive à Pékin, elle
n'a pas raté l'une des premières fêtes "latino" organisée, en plein air, au
coeur des lieux branchés de la capitale.
Son déhanchement est parfait, les pas sont assurés, son partenaire la fait
tourner au rythme d'une chanson - en espagnol - dont elle ne comprend pas les
paroles. "Ah, si tu ne n'aimes pas, si tu ne m'aimes pas... je ne vais pas
mourir, hasta la vista baby..."
"C'est très tendre, très romantique"
Mais, pour cette jeune femme au visage rond et au sourire facile, c'est
d'abord l'émotion qui compte.
"Dès que j'entends la musique, j'oublie tous mes soucis", dit-elle.
"C'est une passion, quand tu danses la salsa, tu ne ressens pas la fatigue,
c'est une danse très belle".
Wang Ying a une préférence pour la "bachata", originaire de la République
dominicaine. "C'est très tendre, très romantique", explique-t-elle.
A la fin des années 90, la salsa, qui regroupe différents genres de musiques
et danses afro-cubaines, était surtout une affaire d'expatriés latino-américains
en Chine.
Mais, depuis quelques années, les académies se sont multipliées, plus d'une
dizaine en quatre ans à Pékin. Comme celle ouverte par un Américain de New York,
Jack Dunn, surnommé "Mambo Jack", arrivé en Chine en 2004.
"Au début il y avait 75% d'étrangers qui dansaient la salsa en Chine,
aujourd'hui c'est le contraire, nous avons 75% de danseurs chinois, le nombre de
Chinois augmente vraiment", témoigne-t-il.
Je croyais qu'ils étaient timides
Yoandris Reyes Sanchez, danseur professionnel de 25 ans, est arrivé de Cuba
il y a un an et gagne aussi sa vie comme DJ.
"Les Chinois ne sont pas comme je les imaginais, je croyais qu'ils étaient
timides, qu'ils avaient peur de danser, mais non, cela fait un an que je suis là
et je vois qu'ils peuvent vraiment tout donner pour la salsa, ils aiment la
salsa", s'enthousiasme-t-il.
Car si leurs aînés aiment danser la valse dans les lieux publics des villes,
comme les parcs, les jeunes générations plébiscitent des rythmes plus endiablés,
rompant avec la pudeur traditionnelle chinoise.
"Beaucoup de gens pensent que la salsa est trop sexy, mais si ton but est
seulement le plaisir de la danse, je ne vois pas de problème", affirme Wang Ying. Cette mode de la salsa reflète aussi l'ouverture croissante au monde de la
Chine moderne, dont la présence économique en Amérique latine s'est renforcée
ces dernières années.
"La ville de Pékin s'internationalise. La salsa vient de l'étranger et de
plus en plus de gens sont ouverts aux manières de pensée et à la culture de
l'extérieur", dit-elle.
En octobre, Jack Dunn organisera à Pékin, pour la quatrième fois, le Congrès
de la salsa, une compétition qui rassemble des centaines de concurrents.
"Pour la première fois l'année dernière au Congrès, nous avons eu le premier
orchestre chinois, il est en fait dirigé par deux latinos, mais le reste ce sont
des Chinois", souligne-t-il.
"C'était unique et spécial, car c'était la première fois que des Chinois se
trouvaient sur une scène pour jouer de la musique latino".
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