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La Chine peine à endiguer la pollution industrielle de ses eaux

le 14/7/2010 à 12h40  par Benoît Guivellic (Aujourd'hui la Chine)

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Il y a dix jours, plusieurs milliers de tonnes de poissons ont été retrouvés morts dans une rivière du Fujian suite à une pollution à l'acide. Hier, les autorités assuraient que l'eau était redevenue potable, malgré la méfiance des habitants. Un cas révélateur de la politique environnementale chinoise.

 Après des pluies torrentielles dans la région du Fujian, une usine relevant de la mine de cuivre Zijinshan a récemment déversé dans la rivière Ting des eaux usées, contenant de l'acide en grande quantité.

L'incident, survenu le 3 juillet, est un cas d'école.

A la suite de cette pollution chimique, 1890 tonnes de poissons sont retrouvés morts dans la rivière. Pour les fermes piscicoles de la région, la perte est conséquente. Pour les quelques 60 000 habitants dont les sources ont été contaminées, ce sont de précieuses réserves d'eau détruites dans l'indifférence générale.

L'usine, propriété du géant minier chinois Zijin, avait pourtant déjà été pointée du doigt en mai par le ministère chinois de l'Environnement. Celui-ci lui avait demandé, comme à huit autres usines du groupe, de se conformer aux normes environnementales.

Mais comme beaucoup d'autres usines à la sécurité douteuse, Zijinshan était restée en l'état, tolérée par le gouvernement local.

Ce même gouvernement local qui a déclaré, dix jours après la fuite, que l'eau était redevenue potable. Le quotidien du peuple, qui rapporte cette information, fait également part de la méfiance des habitants devant une eau "d'un bleu chimique et d'une odeur fétide".

Collusion d'intérêts locaux

En Chine, cet incident n'a malheureusement rien d'exceptionnel. En tout cas, il n'est pas particulièrement surprenant pour Wu Lihong. Depuis des années, cet ancien paysan devenu activiste environnemental se bat contre le rejet des déchets industriels dans les rivières. Une lutte qui lui a coûté des persécutions et trois ans de détention.

Dans sa région, le Zhejiang, le manque de régulations et de contrôle politique ont permis aux usines de s'adonner à des rejets massifs de produits toxiques, qui ont entraîné une pollution intense du lac Tai. Depuis, cet ancien lieu de vacances proche de Shanghai a été déserté par les touristes.

"La politique de protection des eaux mise  en place par les autorités est loin d'être suffisante. D'accord, le gouvernement a dépensé beaucoup d'argent dans ce domaine, mais il s'agissait juste de garder la face, estime Wu. Par exemple, pour répondre aux problème des algues vertes du lac Tai, ils ont fait fermer des usines, mais uniquement les petites! Les grandes, qui produisent des produits destinés à l'exportation, sont restées. Ensuite, ils ont planté beaucoup d'arbres autour du lac, et ils ont fait venir plein de journalistes, qui ont écrit des articles élogieux. Mais un an après, rien n'avait changé."

Depuis plusieurs années, le gouvernement multiplie pourtant les déclarations d'intentions environnementales. En 2009, près de 200 000 habitants d'une ville dans la province du Jiangsu, avaient été privés d'eau potable par un déversement illégal de désinfectant phénol dans une rivière. Le ministère chinois de l'Environnement avait alors publié une circulaire appelant "les départements de la protection de l'environnement de tous les niveaux à renforcer la surveillance de l'eau potable contre les accidents liés à la sécurité".

Mais bien souvent, ces bonnes intentions peinent à se concrétiser quand elles arrivent à l'échelon des gouvernements locaux, dont les intérêts sont intimement liés à ceux des industriels.

"Les provinces ont besoin des usines, car elles doivent obtenir des bons chiffres de croissance pour plaire au gouvernement central. Pour Pékin, le PIB des provinces est le principal critère de leur réussite. Les usines apportent de la croissance aux provinces, qui les protègent. C'est un système gagnant-gagnant, analyse Wu Lihong. De plus, quand le gouvernement central envoie une commission d'enquête, les usines sont prévenues à l'avance par le gouvernement local, et elles ont le temps de s'y préparer, alors rien ne se règle."

Le gouvernement chinois exige simultanément respect des normes environnementales et productivisme. Il est donc pris dans ses contradictions, et prouve que croissance économique débridée et protection de l'environnement ne peuvent pas faire bon ménage.

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