Les graffeurs s'emparent des murs chinois
le 24/8/2009 à 11h56
par Marianne Barriaux (AFP)
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Profitant d'un vide juridique, les graffeurs s'emparent peu à peu des murs de villes constamment en chantier. Particularité locale, les oeuvres des graffeurs chinois ne véhiculent aucun message politique
Chen Chuang, diplômé en design de 23 ans, écrit
à la bombe, sur un mur de Pékin, en grandes lettres bleues, la signature de son
clan: il fait partie d'un petit groupe, en pleine expansion, de jeunes artistes,
qui répandent le graffiti en Chine, où il était jusqu'ici peu connu. Le graffiti "n'est pas vraiment illégal", assure son ami Liu Yuchen. "Mais
si l'on est pris, cela peut être assez grave", ajoute aussitôt Che, qui une fois
son graffiti réalisé, s'empresse de filer.
Apparu en Chine depuis quelques années, le graffiti, contrairement à sa
pratique en occident où il sert parfois de porte-voix politique, s'attache avant
tout en Chine à une dimension esthétique.
"Le graffiti en Chine s'est débarrassé du côté agressif ou revendicatif
qu'il véhicule en occident", explique Luo Zhongli, directeur de l'Institut des
Beaux arts du Sichuan.
En Chine, "il est plus lié à l'esthétique de la vie quotidienne, et a plus à
voir avec la mode".
Selon Chen et Liu, la plupart des artistes chinois se sont mis au graffiti
après l'avoir découvert à travers Internet, le cinéma, les magazines ou grâce à
des amis qui ont voyagé à l'étranger.
L'essentiel des oeuvres des deux amis évoque des bandes dessinées, des
images abstraites ou des mots colorés, mais n'aborde pas la politique.
"Il y a très peu de gens à Pékin qui font du graffiti, et si j'inscris mon
nom sur un mur et que j'aborde des choses négatives, la police me trouvera
facilement", assure Chen.
"On ne peut pas évoquer des thèmes politiques", confirme un autre artiste,
venu de la ville de Xian (nord). "Si on le fait, ce doit être favorable au
gouvernement et au parti", assure Seker, jeune diplômé de 18 ans, qui utilise un
pseudonyme.
Chen explique lui qu'il peint en fonction des sujets qui l'inspirent, comme
le tremblement de terre au Sichuan de mai 2008 ou le massacre de Nankin par les
Japonais en 1937.
Phénomène relativement nouveau, le graffiti n'est encadré par aucune
réglementation en Chine.
Chen affirme cependant connaître des gens qui ont passé plusieurs jours au
poste ou ont écopé d'amendes pour avoir peint sur les murs.
De plus en plus, sur le modèle occidental où des artistes comme le
Britannique Banksy ont leur place dans les galeries d'art, le graffiti gagne ses
lettres de noblesse.
Un artiste chinois, Zhang Dali, s'est ainsi taillé une célébrité locale dans
les années 90 en peignant des têtes chauves sur les murs d'immeubles pékinois
destinés à la démolition.
"Depuis quelques années, les graffitis sont partout. Pour les jeunes
artistes, c'est une nouvelle expérience d'une nouvelle forme d'art", explique
Luo.
Mais malgré l'intérêt croissant des médias, la population chinoise y est
encore peu familiarisée.
"Très peu de gens s'adonnent au graffiti et encore moins sont au courant",
explique Nat, membre du groupe Kwanyin, qui tente de vivre de cette forme d'art
en les vendant.
"Les gens ne comprennent pas vraiment et n'y prêtent pas attention, mais il
y a un vrai potentiel de développement", assure l'artiste.
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