Lhassa, un mois après : plongée dans l'état d'esprit des Tibétains
le 15/4/2008 à 13h33
par Mathilde Bonnassieux (Aujourd'hui la Chine)
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Un mois jour pour jour après les émeutes, Lhassa vit un retour au calme. Christopher Johnson, journaliste canadien free-lance, a passé plusieurs jours en touriste à Lhassa jusqu'aux premiers troubles. Il raconte la vie des jeunes Tibétains, tiraillés entre modernité et tradition.
Vous avez quitté Lhassa le 13 mars, la veille des émeutes, après y être resté deux semaines. Vous avez donc pu sentir l'état d'esprit ambiant ?
- La chose la plus importante à souligner, il me semble, c'est que les émeutes n'étaient pas organisées, c'était complètement spontané. Mais les Tibétains sont très croyants, les plus croyants dans toute l'Asie. L'arrestation des moines bouddhistes les a donc choqués, blessés. C'est là que tout a commencé. C'est aussi simple que ça. Les moines là-bas sont des vraies célébrités. Ce serait la même chose en France si vous arrêtiez Thierry Henry ou Zidane !
Cette ferveur est-elle aussi forte chez les jeunes générations?
- D'abord, il faut distinguer deux sortes de jeunes Tibétains à Lhassa. D'un côté, ceux qui ressemblent aux jeunes de Pékin ou Shanghai, les modernes. Ils parlent mandarin, ont un portable, sortent danser dans des clubs fréquentés par les Chinois et les étrangers, écoutent de la musique, regardent des DVD. Beaucoup aussi sont allés étudier en Inde et ont appris à parler anglais. Ceux-là veulent maintenant profiter de leur liberté comme les autres jeunes.
Mais de l'autre côté, il y a aussi beaucoup de jeunes qui viennent de petits villages ailleurs au Tibet. Ces gens-là sont plus pauvres, moins tolérants et moins éduqués. Ils sont costauds, vivent sur les hauts plateaux, avec les Yacks. Ils ont une culture de guerrier. Ils viennent à Lhassa pour y trouver un travail mais souvent les places sont déjà occupées par des jeunes Chinois, pauvres eux aussi, de plus en plus nombreux depuis la ligne de train qui relie le Tibet à la Chine. Ces jeunes-là, ceux des villages reculés étaient prêts à se battre. En fait, une grande part du problème est lié à la pauvreté, que ce soit du côté chinois ou tibétain. C'est elle qui entretient les tensions.
Mais des deux côtés, chez les jeunes disons plus "sophistiqués" et chez les plus rustres, on trouve la même ferveur. Le bouddhisme est très fort chez tous les jeunes. Lhassa, c'est un peu comme La Mecque pour les musulmans. Il a beaucoup de pèlerins, l'arrestation des moines les a tous heurtés, même les jeunes plus modernes.
Et la génération plus âgée, où se situe-t-elle? Sur les photos des émeutes, on voit surtout des jeunes...
- Les plus vieux - et je parle même des 40-50 ans ici - ressemblent à de vrais ancêtres. Ils sont très dévots. Ils ne parlent pas chinois, n'ont pas l'habitude de fréquenter des étrangers. Eux aussi ont été heurtés par les arrestations. D'ailleurs sur les photos, on voit de tout, des jeunes mais aussi des femmes plus âgées.
Il faut dire qu'habituellement, la grande majorité des gens à Lhassa sont des gens très calmes, très religieux mais quand la police s'en est pris aux moines, ils ont senti que c'était comme s'ils détruisaient leur culture. Les manifestations ont d'ailleurs commencé de façon calme. Le 11 mars, après l'arrestation, il y a eu une grande manifestation dans les rues, à laquelle ont participé surtout les locaux. La police a arrêté beaucoup de monde. Le 12 et 13, la tension était très forte et c'est le 14, quand la police a voulu arrêter d'autres moines, que les gens se sont soulevés. En reculant, la police a laissé place à l'anarchie.
Où en est la situation à Lhassa aujourd'hui?
- Tout dépend où on va. Dans les quartiers historiques, il y a beaucoup de policiers et de soldats. C'est très difficile de se déplacer. Dans les autres quartiers d'affaires, chinois surtout, c'est à peu prêt normal. Mais la police n'a toujours pas réautorisé les touristes dans la ville. Or le tourisme est capital pour l'économie. C'est donc une tragédie pour tout le monde, pour le gouvernement chinois, les locaux chinois et les Tibétains.
Peut-on imaginer que des émeutes se reproduisent avant les JO?
- J'en doute. La présence policière est énorme, prête à réprimer toute tentative. Le gouvernement dit qu'il a déjà arrêté une centaine de personnes. Des innocents. On ne sait toujours rien de leur sort.
Tibet
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