Sexe, pub et morale : l’équation chinoise
le 27/10/2007 à 10h11
par Mathilde Bonnassieux
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En Chine, les publicités pour les produits de « santé sexuelle » ou tout autre produit relatif au sexe (parapharmacie, herboristerie, gadgets et autres) sont théoriquement strictement interdites et envahissent pourtant les médias. Explication de cette schizophrénie très chinoise, dans un hebdo de Canton.
« Méthode de stimulation nerveuse qui rend les hommes
durs et forts », « pilules de la puissance, contre l'éjaculation
précoce », « cures radicales contre la frigidité »,
« retrouvez une virilité toute neuve en 20 jours » etc.
Radios, télés, sites Internet et journaux chinois sont désormais inondés de
publicités très explicites, qui ne correspondent pas vraiment aux canons de la
pudeur imposés par les autorités du pays.
Des pubs sont même en contradiction totale avec les textes réglementaires
et légaux en vigueur, considérablement renforcés en juillet dernier lors
du lancement d'une campagne de «purification des ondes », bannissant toute
publicité suggestive.
Une circulaire gouvernementale publiée en septembre a même
carrément interdit huit nouveaux types de publicité portant sur des
médicaments, les traitements ou les produits à finalité explicitement sexuelle,
ainsi que tout téléshopping en la matière.
Un arsenal de sanctions est prévu : confiscation de tous les revenus
publicitaires, amendes, retrait des
publicités, etc.
Mais cela n'a pas suffi.
Les publicités à caractère sexuel
continuent de fleurir dans les medias.
Comble de l'ironie avec cette page d'un
quotidien de Canton, datée de septembre, sur laquelle figuraient à la fois un
article à propos de la nouvelle circulaire gouvernementale et une publicité sur
« la méthode chinoise originale pour agrandir la longueur et l'épaisseur du
pénis ».
Comment expliquer cette hypocrisie ? L'hebdomadaire
cantonais Southern Weekend, réputé
pour oser aborder les dossiers sensibles, s'est penché sur la question et y
répond simplement : « business is business ».
En dépit des peines encourues, les grands groupes de presse ne sont pas prêts à
renoncer à l'extraordinaire manne financière que représente la diffusion des
pubs à caractère sexuel.
L'auteur de l'article prend l'exemple d'un journal
populaire de Canton qui a empoché environ 7 millions d'euros en 2005 grâce a la
diffusion de publicités sur des produits médicaux et autres
« services » sexuels, soit un tiers de ses revenus publicitaires.
Publicité mensongère
Mais si les réclames pour les produits de « santé
sexuelle » représentent de telles sommes, c'est parce qu'elles
correspondent à une demande de plus en plus courante.
Selon un médecin cité par Southern
Weekend, beaucoup de Chinois souffriraient de troubles de l'érection liés à des problèmes psychologiques et à la fatigue. Ils s'en remettent alors aux
promesses des annonces publicitaires, sans passer par la case consultation.
Médias et publicitaires se sont engouffrés dans la brèche, sans
s'encombrer de scrupules. Informations mensongères et produits bidons
fleurissent.
« A vrai dire, peu nous importe de divulguer des informations biaisées. La
plupart de nos clients sont des travailleurs migrants, l'essentiel est
d'aller droit au but », raconte sans fard un publicitaire cité par
l'hebdomadaire cantonais.
Petits arrangements entre amis
En fait, diffuseurs et annonceurs, chacun en profite. Si la
gamme de sanctions est conséquente, en réalité, seules les amendes sont
appliquées. Qui plus est avec des aménagements.
Les pénalités étant proportionnelles au montant des contrats, les deux parties
s'arrangent pour déclarer des sommes minorées aux autorités de régulation.
Et il est courant pour les diffuseurs de négocier avec l'Administration
centrale du commerce et de l'industrie le montant de l'amende.
Tout le monde y trouve son compte
Publicitaires et industriels peuvent surfer sur la misère sexuelle chinoise,
les journaux se financer sans état d'âme et les autorités de censure et de
contrôle garder la tête haute, puisqu'elles sanctionnent ces intolérables
écarts à la morale communiste et qu'elles encaissent en prime de confortables amendes.
Comment dit-on Tartuffe, en Chinois ?
Sexe
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