Tibet: des morts dans de violentes manifestations à Lhassa
le 15/3/2008 à 10h57
par AFP
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Des violences opposant des manifestants tibétains hostiles à la présence chinoise aux forces de l'ordre ont fait des morts et de nombreux blessés vendredi dans le centre historique de Lhassa, la capitale du Tibet.
"Bien sûr qu'il y a des morts", a déclaré à l'AFP une employée du centre des urgences médicales, jointe par téléphone. "Nous sommes très occupés avec les blessés, il y a en beaucoup ici", a-t-elle ajouté.
Il s'agit des plus importantes manifestations à Lhassa depuis le soulèvement de mars 1989.
Pour sa part, le président de la région autonome du Tibet sous administration chinoise, Qiang Ba, a affirmé que les forces de l'ordre n'ont "pas tiré de coups de feu" et selon lui, "le complot des séparatistes va échouer".
Ce nouvel embrasement dans une région sensible, sous contrôle chinois depuis 1951, devrait renforcer la pression internationale que subit déjà le gouvernement chinois pour améliorer les droits de l'homme, comme il s'est engagé à le faire en obtenant l'organisation des Jeux olympiques de 2008.
Pour sa part Radio Free Asia (RFA), citant des témoins à Lhassa, a fait état d'au moins deux morts.
Les manifestants "ont saccagé les magasins chinois et la police a tiré à balles réelles sur la foule. Personne n'a le droit de se déplacer dans Lhassa maintenant", a indiqué une source tibétaine à la radio qui se trouve aux Etats-Unis.
Selon l'agence officielle Chine Nouvelle, la situation était calme à Lhassa samedi matin, où la veille les forces de l'ordre avaient procédé à des tirs de sommation et fait usage de gaz lacrymogènes, pour disperser la foule pendant les violences. "De nombreux policiers ont été grièvement blessés", a-t-elle-affirmé.
International Campaign for Tibet (ICT), un mouvement de défense de la cause tibétaine, a affirmé dans la nuit que selon certaines sources les autorités avaient "décrété la loi martiale".
De son côté, l'organisation américaine des Droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW) a estimé que "le gouvernement chinois devrait faire preuve de retenue (...) et être attentif aux doléances des manifestants".
Depuis lundi, des moines bouddhistes manifestent au Tibet et dans les provinces voisines, à l'occasion du 49e anniversaire du soulèvement de Lhassa qui avait abouti à l'exil en Inde du dalaï-lama.
A Dharamsala (Inde),un secrétaire du dalaï-lama a déclaré que les accusations chinoises selon lesquelles le chef spirituel tibébain avait fomenté les manifestations au Tibet étaient "absolument sans fondement".
Les violences ont touché vendredi la vieille ville de Lhassa, en particulier autour du célèbre monastère du Jokhang, un haut-lieu touristique, après plusieurs jours de manifestations de moines bouddhistes.
Depuis Dharamsala, dans le nord de l'Inde, le dalaï-lama, chef des bouddhistes tibétains en exil, a demandé à Pékin de "renoncer à l'usage de la force" contre les manifestants et a appelé "les responsables chinois à renoncer à l'usage de la force et à mettre fin à ce ressentiment persistant à travers le dialogue avec le peuple tibétain".
Devant le siège de l'ONU à New York, plusieurs centaines de Tibétains ont manifesté vendredi soir, en dénonçant le "génocide" perpétré par la Chine contre leur pays, ainsi que la passivité des Nations unies.
Ces incidents interviennent à la veille d'un important rendez-vous politique à Pékin, où le Parlement doit confirmer un nouveau mandat de président pour Hu Jintao. Ce dernier était à la tête du Tibet en 1989, lors des précédentes grandes manifestations.
Les Etats-Unis et les dirigeants européens ont fait part de leur inquiétude, appelant la Chine à la retenue et au respect de la culture tibétaine.
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