Un an après le séisme, la presse étrangère n'est plus la bienvenue dans les zones dévastées
le 8/5/2009 à 19h36
par Harold Thibault (Aujourd'hui la Chine)
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Les commémorations du premier anniversaire du séisme du Sichuan approchent et avec elles arrivent les difficultés pour les journalistes. Les cas d'entraves, parfois violentes, à l'exercice de leur métier se sont multipliés ces dernières semaines
Katri Makkonen, une journaliste travaillant pour la télévision finlandaise, a rapporté au Club des correspondants étrangers en Chine que son équipe avait été violemment interpellée le 6 mai. Selon son récit, 10 personnes en habits civils ont essayé de confisquer le matériel de l'équipe et de traîner le cameraman hors d'un véhicule. Personne n'a été blessé mais un micro a été cassé dans l'altercation. "Nous avons presque perdu notre caméra. C'était très violent" a expliqué Katri Makkonen. "Il faut être très vigilant là-bas" a-t-elle ajouté. Mme Makkonen et son équipe ne sont pas les seuls à avoir subi de telles situations ces derniers jours dans la province du Sichuan.
Le correspondant du quotidien britannique Financial Times Jamil Anderlini a, lui, fait état de deux incidents violents en deux jours. Le 5 mai, à Fuxin, son équipe a été empêchée de travailler alors qu'elle essayait d'interviewer les parents d'enfants morts dans le tremblement de terre. Un homme a tenté de s'emparer de leur caméra avant de frapper le journaliste au bras. Son équipe s'est alors retrouvée encerclée par une petite douzaine d'hommes, dont l'un a essayé de frapper un assistant chinois, avant de devoir quitter la ville, escortée par des policiers en uniformes.
Faire cesser n'importe quelle interview, pour n'importe quel motif
Le lendemain, à Mianyang, l'une des villes ayant le plus souffert du séisme, ce même journaliste du Financial Times a tenté de filmer une manifestante à l'extérieur du bureau du gouvernement. Un homme est arrivé et a arraché la caméra de son trépied, endommageant le bas de la caméra. Selon son rapport, le journaliste se serait entendu expliquer par le bureau de la propagande que la police pouvait faire cesser n'importe quelle interview pour n'importe quel motif. "Les policiers ont été aussi violents avec nous parce qu'ils essayaient de nous protéger" écrit Jamil Anderlini, rapportant avec ironie les explications fournies par les autorités locales.
A deux reprises cette même semaine, une équipe de l'Agence France Presse a été sommée de quitter les lieux sur lesquels elle travaillait au Sichuan, selon le bureau de l'AFP de Pékin. Mercredi 6, un "officiel du village" de Wufu, près de Mianzhu, a demandé aux journalistes de partir. Deux jours plus tard, vendredi 8, c'était au tour de deux policiers en uniforme de les prier de quitter Juyuan, près de Dujiangyan.
Le Club des correspondants étrangers a appelé les journalistes à faire preuve de prudence dans la région. "Etant donné la violence des altercations et l'apparente augmentation de la fréquence de ces récits, il semble que la situation devient plus volatile et nous conseillons de faire particulièrement preuve de prudence lors de visites dans ces zones" a expliqué l'organisme dans un communiqué.
Le Bureau de la propagande du Sichuan a de son côté reproché à une partie des journalistes étrangers de jeter de l'huile sur le feu. "Nous avons une attitude amicale et bienveillante envers les journalistes, mais nous prenons des mesures pour gérer [la presse] selon la loi" a déclaré Hou Xiongfei, le numéro deux du Bureau, lors d'un voyage organisé par le gouvernement, selon l'Agence France Presse. "Quelques journalistes ne viennent pas dans la zone de la catastrophe pour enquêter, mais excitent les gens et leur demandent de s'organiser [contre le gouvernement]" a-t-il ajouté, assurant par ailleurs qu'il n'avait reçu aucune plainte de la presse étrangère.
Les bienvenus une fois que ce sera bien reconstruit
Dans les zones dévastées, un système d'autorisations pour la presse étrangère a été mis en place à l'approche des commémorations. Dans chaque ville, un pass différent, valable une seule journée, est nécessaire. Une équipe de journalistes travaillant pour TF1 en a fait l'expérience. Arrivées à Chengdu, la capitale de la province du Sichuan, mercredi 6 mai, Charlotte Cailliez, Christèle Jaime et Lily Eclimont se sont entendues expliquer que tous les pass avaient déjà été distribués.
Le lendemain dans la matinée, dans la ville de Dujiangyan, elles ont tenté d'aller filmer des familles devant le siège du gouvernement local. Mais devant les bâtiments officiels, des policiers en uniforme les ont arrêtées et emmenées au commissariat en leur disant que l'endroit était "sensible". "Ils voulaient savoir ce qu'on faisait là-bas. Ils nous ont gardées pendant plus d'une heure et demie", explique Charlotte Cailliez, "un policier nous a gentiment dit qu'une fois que ce serait bien reconstruit, nous serions vraiment les bienvenues. Un autre agent nous a expliqué que les familles n'arrivent pas à comprendre que c'est à cause du séisme et non à cause de la qualité des constructions que leurs enfants sont morts" dit-elle.
Un peu plus tard dans la journée, alors qu'elles essayaient d'interroger des familles dans un village de préfabriqués, ces trois journalistes ont rapidement retrouvé des policiers. "Cette fois-ci, ils ne nous ont pas arrêtées mais ils ont demandé à deux agents de sécurité de nous suivre durant toute la visite. Evidemment, lorsque les gens voient quelqu'un en uniforme à côté de nous, ils ne racontent pas les mêmes choses" explique-t-elle.
Des reportages désavantageux pour la "survie politique" des officiels
Les fortes restrictions imposées à la presse étrangère contrastent avec l'accès relativement libre dont avaient bénéficié les médias au lendemain du séisme, comme l'écrit Qian Gang, sur le site du China Media Project, rattaché à l'Université de Hong Kong. "L'ouverture médiatique dans les premières phases des secours lors du séisme est quelque chose dont nous avons tous été témoins. Les contrôles se sont relâchés, y compris sur la question des écoles effondrées, dans les toutes premières phases, et l'on a vu des médias d'état tels que l'agence Chine Nouvelle et le Quotidien du Peuple en ligne s'engouffrer dans la brèche" écrit-il.
Qian Gang, qui est l'ancien manager du Nanfang Zhoumo, l'un des magazines les plus indépendants du pays, voit plusieurs raisons à ce revirement des autorités. "En premier lieu, les reportages sur l'effondrement des écoles impliquaient de plus en plus d'officiels. Beaucoup d'officiels qui avaient travaillé dans les zones touchées sont maintenant arrivés à des postes plus élevés dans la hiérarchie. L'un des exemples les plus frappants est celui du Chef de la propagande de la province du Sichuan, l'homme dont la responsabilité était de contrôler les médias dans la région du séisme, qui avait servi auparavant comme Secrétaire du Parti de Dujiangyan" explique-t-il.
"Il y a également d'autres officiels qui sont maintenant au centre du Parti à Pékin. Les reportages touchant aux négligences officielles étaient clairement désavantageux pour leur "survie politique". Et donc la mêlée de ceux qui font le pouvoir dans la vaste bureaucratie s'est rapidement unie dans une reconnaissance d'intérêts mutuels, et cette force a réussi à faire que le problème des écoles effondrées soit contourné, contre la détermination au centre [du Parti]" juge Qian Gang. Il estime également que ces effondrements d'écoles ont rapidement déclenché un mouvement populaire de défense des droits. Un mouvement que les autorités ne semblent pas vouloir montrer au grand public
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