Un Chinois tente d'initier des Pékinois sceptiques au fromage
le 6/7/2009 à 12h41
par Marriane Barriaux (AFP)
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Quand Liu Yang est parti faire ses études en France, il ne s'attendait pas à cela: se prendre de passion pour le fromage et en faire son métier une fois qu'il rentrerait en Chine, où ce produit alimentaire est toujours considéré avec méfiance. Mais au bout de huit ans, Liu, 35 ans, est devenu l'un des rares fabricants de fromage de l'Empire du milieu.
Dans la fromagerie qu'il a installée à Pékin, Liu Yang fait du fromage pour les expatriés et, en même temps, essaie de vaincre les
réticences de ses compatriotes qui tordent le nez sur son chèvre.
Liu s'est initié à l'art du fromage grâce à un voisin quand il habitait dans
les montagnes de Corse, ou il étudiait le commerce international.
"Il m'a fait goûter du fromage de chèvre et j'ai trouvé délicieux", dit Liu
Yang en français, tout en versant du lait dans une grande cuve à fromage.
"Parfois il me ramenait son fromage, qui sentait vraiment fort, j'apportais
du 'baijiu' (liqueur chinoise), et on prenait les deux ensemble", dit Liu.
Cette rencontre l'a poussé à apprendre à fabriquer du fromage dans un lycée
agricole.
"Tout ceux qui apprenaient avec moi venaient de familles de fromagers et ils
étaient tous Français - j'étais le seul étranger et ne savais pas faire du
fromage, mais ils s'occupaient vraiment de moi", poursuit-il. Puis Liu se décide à rentrer en Chine et à se spécialiser dans la
fabrication du fromage.
Mais la Chine n'est pas, comme la France, un pays amateur de fromage. En
effet, beaucoup de Chinois ont une intolérance digestive aux produits laitiers
et associent le fromage à l'obésité.
Pourtant, selon les consultants Euromonitor International, "la consommation
du fromage a beaucoup augmenté en Chine" ces dernières années. Mais ce sont
surtout les fromages fondus que les Chinois mangent.
"Le fromage artisanal est très peu vendu, les gens ne savent pas comment le
manger", selon Euromonitor. Cependant, selon un rapport de 2007 du site www.21food.com, "le fromage
pourrait devenir une nouvelle mode, après le lait classique ou en poudre, et le
yaourt".
Et c'est avec cet espoir que Liu est revenu à Pékin en 2007 et s'est lancé.
Cette année-là, il rencontre sa future femme, qui surmonte une réticence
initiale pour le soutenir dans sa passion.
"Elle n'aimait pas le fromage au début", raconte-t-il. "Maintenant elle aime
le brocciu (chèvre corse), et elle commence à apprécier le camembert, mais
toujours pas le bleu".
Il a ouvert sa fromagerie en mai dernier après avoir transformé une partie
de ses locaux en salles de fabrication de fromage, et installé une grande salle
frigorifique.
"J'ai dépensé toutes mes économies", dit Liu, c'est à dire 100.000 yuans,
soit 10.400 euros.
Il a importé quelques équipements de France, mais il a fait faire sa cuve à
fromage avec des thermomètres par un ami ingénieur à Pékin, pour 50.000 yuans.
Liu Yang a visé d'abord la nombreuse communauté d'expatriés à Pékin avec des
dégustations et des livraisons. Mais ce démarrage ne permet pas à sa petite
entreprise d'être rentable.
Il cherche donc à introduire le fromage à la française auprès de la
population chinoise.
"Les clients chinois aiment le brocciu et le fromage frais, bien qu'ils
demandent quand même d'y ajouter du sucre", explique-t-il, "mais je n'ai pas
encore essayé de vendre des fromages plus forts aux Chinois".
Pendant le déjeuner dans un restaurant chinois, Liu sort son fromage "Gris
de Pékin", un petit camembert. Il en coupe une tranche pour un serveur.
Ce dernier, suspicieux, l'attrape avec des baguettes, le renifle et le
grignote.
"C'est bon", dit-il sans conviction.
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