Zones tibétaines : circulez, il n'y a rien à voir
le 13/2/2009 à 16h50
par Harold Thibault (Aujourd'hui la Chine)
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A l'approche de l'anniversaire des émeutes de Lhassa, la présence policière s'est renforcée de façon drastique dans les régions tibétaines. Aujourd'hui des barrages interdisent l'accès de plusieurs régions où vit cette minorité à tous les étrangers. Deux journalistes françaises racontent.
Le gouvernement chinois a beau répéter à qui veut l'entendre que les
régions tibétaines sont sous contrôle, la subite fermeture aux
étrangers de plusieurs régions où vit cette minorité, et à fortiori
aux journalistes, a de quoi laisser sceptique.
Sans notification
préalable, certaines zones dans des provinces telles que le Gansu ont
été interdites aux journalistes étrangers, alors même que le droit
chinois prévoit qu'ils n'ont pas besoin d'autorisations pour s'y
rendre.
Deux journalistes d'Hikari Productions (le groupe
auquel appartient Aujourd'hui la Chine), Charlotte Cailliez et
Frédérique Zingaro, en ont récemment fait l'expérience.
"Nous voulions
aller de Lanzhou (la capitale du Gansu, ndlr) au monastère tibétain de
Labrang, à Xiahe, où vivent officiellement un millier de moines et où
des manifestations ont eu lieu en mars dernier.
Mais dès que l'on a
voulu prendre un bus, on nous a expliqué qu'il n'y en avait pas pour
cette destination, alors que nous les voyions partir", explique
Frédérique Zingaro. "Puis, avant d'arriver à Xiahe, il y a deux
barrages sur la route, que nous avons franchi en évitant de nous faire
remarquer" ajoute-t-elle.
"Une fois dans la ville, difficile de trouver
un hôtel: ils ont tous été interdits aux étrangers. Dans certains, on
explique qu'il n'y a plus aucune chambre de libre. Dans d'autres, on
dit plus clairement que l'on a reçu l'ordre de ne pas accueillir
d'étrangers pour le moment et que des contrôles ont lieu chaque nuit,
chambre par chambre".
Le samedi 7 février les choses se
compliquent encore un peu plus pour filmer le Nouvel an tibétain.
"Nous
avons filmé environ 20 minutes. Puis un policier en civil est venu nous
montrer sa carte et nous expliquer que nous ne respections pas une loi
locale, sans nous préciser laquelle" poursuit Frédérique Zingaro.
"Nous
avons refusé de le suivre au poste. Des policiers nous ont alors
emmenées dans un hôtel, où nous avons attendu deux heures, avant d'être
ramenées à l'aéroport de Lanzhou, à plusieurs centaines de kilomètres,
en voiture de police avec gyrophare" raconte-t-elle.
Pour avoir
des informations sur ce problème, le gouvernement central n'est pas
d'une grande aide. "Je vous conseille pour cette question de demander
des explications aux autorités locales concernées" a expliqué Jeudi
Jiang Yu, porte-parole du Ministère des affaires étrangères lors d'une
conférence de presse.
Silence sur les motifs
A l'échelon local, on
commence à donner des précisions sur les zones qui sont fermées aux
étrangers depuis peu. Un responsable du Bureau du tourisme de la
Préfecture autonome de Gannan, où est situé le monastère de Labrang,
dans la province du Gansu, a expliqué à l'agence Associated Press que
la région ne serait pas ouverte aux étrangers avant la fin du mois de
mars.
De même, des officiels de la préfecture de Ganzi, dans le
Sichuan, ont expliqué que beaucoup de zones seraient interdites aux
étrangers jusqu'en avril, alors qu'elles étaient ouvertes il y a encore
deux semaines. Le Bureau du tourisme de la province du Qinghai a
également fait savoir que la région ne serait pas pleinement accessible
aux étrangers.
En revanche, aucune précision n'a été fournie
sur les motifs justifiant ces restrictions. Mais il est probable que
l'approche du 10 et du 14 mars, respectivement le cinquantenaire du
soulèvement tibétain et le premier anniversaire des émeutes de Lhasa
pèse dans la balance.
Hypocrisie des autorités
Quant à accéder à la Région
autonome du Tibet elle-même, cela paraît encore plus compliqué. Certes,
elle est redevenue accessible aux touristes étrangers depuis la fin
juin 2008, après avoir été interdite pendant plusieurs mois. Mais pas
aux journalistes étrangers, sauf aux "happy few" conviés à des voyages
organisés par les autorités.
"Nous avons organisé un voyage de presse
au Tibet pour satisfaire le souhait de chacun d'y faire des reportages
et nous espérons également que les journalistes puissent transmettre
des informations à travers leurs reportages" a expliqué Jiang Yu.
Sauf
que la grande majorité des journalistes n'y est pas conviée, que les
règles sur le choix des médias sélectionnés ne sont pas connues et que
les sélectionnés ne sont pas libres de leurs déplacements, au cours de
ces visites guidées.
Pékin ne cesse pourtant de répéter que
la situation est totalement sous contrôle dans les régions où vivent
les Tibétains, à quelques semaines des deux dates symboliques.
"Nous
avons résolu les problèmes de mars dernier dans la légalité et de facon
appropriée et avec un comportement de retenue" explique Mme Jiang,
avant d'ajouter : "c'est pourquoi nous souhaitons que de plus en plus
de journalistes étrangers puissent se rendre au Tibet, et nous
souhaitons que vous puissiez vous rendre compte de vos propres yeux de
la situation réelle au Tibet".
Jolie déclaration d'intention : la quasi
totalité des correspondants étrangers en poste à Pékin attendent
toujours une autorisation ...
Découvrez le documentaire <Made in China>, une magistrale démonstration de l'envers du miracle chinois
Tibet
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