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Mettre son enfant à l'école chinoise

le 19/12/2006 à 14h40  par Camille Levert

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De plus en plus d'expatriés francophones se demandent s'ils ne feraient pas mieux de mettre leur enfant dans une l'école chinoise, mais peu franchissent le pas et en général l'expérience se limite à la maternelle. Anne-Claire et Christophe eux, n'ont pas hésité: leurs enfants, Paul, 9 ans, et Adèle, 4 ans, ne parlaient pas chinois quand ils ont intégré l'école de leur quartier. Une expérience à la fois étrange et très enrichissante.

Anne-Claire et Christophe, originaires du nord de la France, vivent à Pékin depuis quatre mois, et ont choisi de scolariser leurs deux enfants à l’école chinoise. Le lycée français est trop loin de leur lieu de travail mais ce n’est pas l’unique raison de ce choix.

Ils y voient là une excellente opportunité pour leurs enfants de vivre pleinement cette année chinoise, et surtout d’apprendre la langue. Ils savent d'ores et déjà qu’ils ne resteront qu’un an, et qu’à leur retour en France, les enfants reprendront leur cursus scolaire.


« On ne leur demande d’ailleurs pas de résultats scolaires, on leur demande juste de s’adapter et d’essayer de comprendre ce qu’il se passe autour d’eux », précise Christophe, conscient de la difficulté de l’expérience, en particulier pour son fils Paul.

En effet cette règle s’applique particulièrement à lui. A 9 ans, il est en classe de 4ème, l’équivalent du CM1 français. Un âge suffisamment avancé pour subir l’isolement causé par la méconnaissance de la langue chinoise. L’expérience n’est pas facile, mais Paul ne manque pas de courage et de volonté de s’insérer.

« L’an dernier je m’étais fait un copain étranger dans mon école en France, il ne parlait pas notre langue, ça n’était pas facile pour lui. Aujourd’hui c’est mon tour d’être la curiosité de la classe. Je suis le seul occidental dans toute mon école ».
Et si dans la cour de récréation, il est toujours possible de se faire des copains, de communiquer avec les autres enfants, par gestes, ou avec des phrases simples qu’il apprend petit à petit, en classe c’est une toute autre histoire.
« Je ne comprends rien », regrette Paul.

A part les cours d’anglais et le cours de mathématiques, le sport et le dessin, l’ensemble des cours lui est totalement inaccessible. Cours de chinois, de littérature, d’éducation civique ... autant d’heures que Paul passe dans le flou. Pour progresser plus vite en chinois, il prend des cours de chinois à domicile deux fois par semaine.

 

"Les spécificités idéologiques"

Le barrage de la langue n’est pas la seule contrainte à surmonter, il faut aussi prendre sur soi pendant les « spécificités idéologiques chinoises ». Exercices physiques et salut des jeunesses communistes dès 7h30 du matin et deux fois par jour, stage de préparation militaire en début d’année, cours d’endoctrinement, l’emprise politique se fait très tôt en Chine. Paul se plie à toutes ces obligations, et le barrage de la langue est ici une aubaine. Mais on apprend aussi à se détendre « pendant les cours de massages faciaux ».

« Le plus dur a été le stage de préparation militaire, les gardes étaient sévères. » raconte Anne-Claire. Pendant trois jours, les parents n’ont pas pu appeler leur fils, qui n’est cependant pas sorti traumatisé par cette expérience. Il s’agissait là d’une sortie scolaire un peu particulière à laquelle Paul est fier d’avoir participé, car c’était son choix d’y aller. Ce stage n’est en effet pas une obligation pour les enfants étrangers.


D’ailleurs Paul est globalement heureux de son expérience, et ne profère aucune plainte, aucune critique. Les professeurs sont certes plus sévères qu’en France, et la discipline plus prioritaire, mais il n’a jamais vu un enfant se faire frapper ou punir sévèrement.

Différence de niveau

De plus, il bénéficie d’un excellent niveau d’anglais et de mathématiques. « Dans ces deux matières, le niveau est bien supérieur au niveau français », raconte Paul, appuyé par son père. Bien sûr les exercices de mathématiques ne se posent pas sur des questions de vitesse du TGV entre Paris et Marseille mais plus sur la production en usine. Exemple : "Dans une usine chinoise, il y a trois ateliers, le premier possède 15 personnes, le second 12, le troisième 18. Chaque ouvrier fabrique 51 pièces. Quelle est la production totale? "

« Je ne me fais aucun souci pour sa reprise en CM2 en France l’année prochaine » assure Christophe. Cette expérience est surtout pour lui une façon de grandir un peu plus, de découvrir une nouvelle culture, et de savoir ce que ça fait que d’être en minorité.

Pour Adèle, 4 ans, tout se passe bien à l’école maternelle, « j’aime beaucoup aller à l’école chinoise ». Il faut dire qu’il n’y a pas beaucoup de différence avec une maternelle française au niveau des activités, si ce n’est l’apprentissage de l’anglais en chanson. Unique élève occidentale de son école, la jolie petite blonde rechigne même à la fin de la journée à rentrer à la maison. Elle aime bien jouer encore quelques minutes dans la cour avec ses petits camarades chinois, avant la fermeture de la grille.

Autre école, autre moeurs

Les parents sont satisfaits de leur choix, et trouvent beaucoup d’avantages à la scolarité de leurs enfants en école chinoise. Le prix étant le plus immédiat. Cent euros par mois pour l’école maternelle d’Adèle, repas inclus, et 60 euros par mois pour Paul, repas inclus également.


Ils apprécient aussi particulièrement la transparence de l’école. « Ici l’école est beaucoup plus ouverte qu’en France. Pendant la journée porte ouverte, on a pu faire des photos, filmer tout ce qu’on voulait. A cette occasion j’ai d’ailleurs pu constater que l’école était très bien équipée en matériel multimédia. Leur équipement est beaucoup plus moderne qu’en France » raconte Anne-Claire. ".

La mère des enfants est aussi très bien accueillie par l'équipe enseignante: « Je vais voir le professeur principal de Paul tous les quinze jours pour faire le point, je suis au courant de tout. Je me fais accompagner d’un interprète si j’ai des questions un peu spécifiques. »


Les cours sont souvent encadrés par deux professeurs. Le professeur de la matière en question, et un autre qui a une disponibilité dans son emploi du temps. Cette pratique est courante en Chine mais serait assez « mal vue en France, où les professeurs n’apprécient que moyennement d’être « surveillés » pendant leurs cours », témoigne Christophe qui a été professeur. Les copies des élèves sont également corrigées par un autre professeur que celui qui a donné l’exercice.
Une surveillance croisée qui pourrait bien être la garantie de cette transparence, mais aussi de la discipline.

La scolarité en école chinoise sans parler le chinois, un choix qui revient aux parents, et que les enfants semblent vivre positivement ... tant que les résultats scolaires ne sont pas la priorité de cette immersion qui demande beaucoup de maturité. Ou beaucoup de recul.

éducationenfant

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