Menaces sur l'écriture chinoise
le 22/2/2007 à 21h40
par Frédérique Zingaro
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La Société des rédacteurs de Chine tire le signal d'alarme. La langue chinoise est en train de s'appauvrir. Une des raisons invoquée est l'ouverture vers l'étranger qui, sous couvert de modernité, menacerait la langue et l'écriture de la nation chinoise.
Devant la volonté affichée des autorités chinoises de s'ouvrir au reste du monde, la priorité du gouvernement semble être à l'étude des langues étrangères.
Cependant l'Administration d'Etat de la Presse et de la Publication s'inquiète: la Chine négligerait sa propre langue et ainsi sa propre culture.
La qualité des livres apparait désastreuse et montre que, depuis cinq ans, plus de 70% des ouvrages contiennent d'énormes erreurs, notamment d'écriture.
Véritables inquiétudes ou nationalisme conservateur, la question semble loin d'être tranchée.
Les problèmes sont, dans un premier temps, liés à l'écriture. Le constat est réel, les fautes de caractères sont de plus en plus nombreuses et ont une incidence bien plus grande que la simple faute d'orthographe.Elles modifient le sens et font perdre l'esprit originel du caractère.
L'utilisation abondante des ordinateurs par les jeunes générations n'y est pas étrangère. Avec plus de 50 000 caractères, les Chinois passent par une transcription phonétique retranscrite en caractères latins, appelés pinyin.
Le mot, tapé sur le clavier, produit immédiatement l'apparition du caractère chinois qu'il n'est plus alors nécessaire de savoir dessiner.
Beaucoup de jeunes gens oublient de fait l'écriture chinoise car s'ils reconnaissent les caractères, ils sont en revanche incapables de les reproduire.
Cependant la transcription pinyin n'est pas la seule méthode et certains Chinois utilisent celle des composants. Les touches du clavier correspondent aux composants ou clefs des caractères qu'il suffit d'assembler pour former un signe. Aucune perte de la langue n'existe avec cette méthode qui, au contraire, suppose de bien la connaitre. Cependant les Chinois qui l'utilisent ne sont pas nombreux en Chine continentale.
L'autre problème est le niveau et le style de langue qui se modifient nécessairement aux rythmes des changements et des ouvertures que connait la Chine. Sur ce point les partisans d'une langue figée bataillent fermement face aux rénovateurs plus enclins à laisser vivre la langue par elle-même.
Dans l'histoire de la littérature et de la langue chinoise, les débats de ce type n'ont cessé d'exister. Les partisans des réformes de la langue se sont toujours confrontés aux lettrés, tenaces partisans d'une langue pure et authentique, tenue de suivre des règles fixes, figées par les autorités..
Pourtant, dès la moitié du XIXème siècle, la littérature chinoise voit fleurir des romans écrits en langue dite vulgaire dans des quotidiens de presse émanant directement de l'influence des concessions étrangères et qui font aujourd'hui la fierté de la Chine.
C'est le cas du célèbre roman "Histoire de Ah Q" de l'écrivain Lu Xun ou encore ceux du grand Lao She, considérés comme deux des plus grands auteurs chinois.
L'inquiétude face à l'étranger et notamment face à l'Occident semble démesurée et surtout dérisoire dans un pays qui a connu, il y a peu de temps, une simplification radicale de son écriture et a rendu des générations de Chinois incapables de lire les textes anciens, témoins de leur propre histoire.
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