Avant le congrès du parti communiste chinois, les maîtresses des cadres sur la sellette
le 28/7/2007 à 8h57
par François BOUGON (AFP)
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Mao aimait à s'entourer de jeunes femmes, mais à quelques mois du congrès du parti communiste à l'automne, les maîtresses des cadres sont sur la sellette, accusées de favoriser la corruption. Le Parti se demande comment éradiquer cette pratique finalement millénaire...
"L'année dernière, dans 70% des affaires de corruption, les pots-de-vin ont été reçus par des membres de la famille des cadres, même par les maîtresses", s'est inquiété récemment Liu Xirong, numéro deux de la Commission de discipline du Parti communiste chinois, chargée de chasser les "ripoux".
Le phénomène des maîtresses -- même s'il n'est pas nouveau, puisque Mao lui-même n'y échappait pas, selon le témoignage de son ancien médecin Li Zhisui -- a été favorisé cependant à tous les niveaux par le boom économique.
"Comme la pression anticorruption du gouvernement central est de plus en plus forte, le nombre de corruption directe des cadres se réduit, mais la corruption indirecte (par la famille ou les maîtresses) augmente", estime Hu Xingdou, spécialiste des questions chinoises et professeur de l'Institut de technologie de Pékin.
Depuis des mois, à l'approche du congrès de l'automne, journaux et revues du parti foisonnent d'articles exhortant les cadres dirigeants à mener une vie exemplaire pour éviter la colère de la population à la sensibilité exacerbée par la cherté de la vie (loyer, frais de santé, alimentation...).
Un internaute malicieux s'est amusé récemment à décerner une liste de récompenses, à la manière des palmes du Festival de Cannes ou des Oscars, en puisant dans les cas qui ont défrayé la chronique ces dix dernières années.
Cette liste intitulée "Grande compétition nationale des maîtresses" a même été publiée il y quelques semaines par un quotidien officiel, le Journal de la métropole du sud, dans sa page d'opinions.
"Le prix de la quantité" a été remis à un ancien responsable du Jiangsu (est), Su Qiyao, qui a eu au total 146 maîtresses.
Yang Feng, un ancien secrétaire du parti d'une ville de la province pauvre de l'Anhui (centre) a été distingué par "le prix de la gestion".
Après avoir suivi un programme MBA (Master of Business Administration) à Pékin, il avait décidé de mettre en pratique les leçons apprises. Parmi ses sept maîtresses, il en avait désigné une pour "gérer" les autres, chacune étant classée selon ses capacités. L'arrivée d'une nouvelle et la jalousie ont provoqué la faillite du système.
Enfin, parmi les 12 prix au total, Men Qingping, l'ancien numéro deux du Hubei (centre), qui purge actuellement une peine de dix ans pour corruption, a décroché celui du " labeur", car "il aimait faire l'amour avec sa secrétaire sur la grande table de la salle de réunion".
Dans un éditorial publié le 22 juillet, le Journal de la Jeunesse de Pékin a enjoint les médias et l'opinion publique de dévoiler les "secrets personnels" des cadres, appelant à prêter attention à leur "arrière-cour".
Cependant, certains cadres locaux se sentent intouchables.
Wang Jing, une jeune fille âgée aujourd'hui de 20 ans, s'est rendue célèbre en 2005 en dénonçant auprès de la Commission de la discipline du parti son père, un cadre du Shandong (est), qui avait placé sa maîtresse dans un appartement de l'immeuble où habitaient sa femme et sa fille.
Mais, deux ans après, le mari a divorcé, laissant sans ressources femme et fille.
"Quand sa fille l'a dénoncé, son père lui a dit: +Tout le Shandong sait que j'ai une maîtresse, je suis intouchable, même les directives de Wu Guanzheng (Ndlr: numéro un de la Commission de discipline) ne peuvent m'atteindre+", a expliqué l'ancienne femme, Yang Xili.
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