En Chine, des femmes posent nues pour lutter contre le cancer du sein
le 20/11/2007 à 11h04
par Frédérique Zingaro et Mathilde Bonnassieux
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En Chine, des stars s’affichent nues pour la campagne « Ruban rose » contre les cancers du sein. Un fléau qui frappe de plus en plus de jeunes femmes, comme Zhao Chen Guang qui a aussi pris la pose.
Zhao Chen Guang a des allures de petite fille avec son chemisier à
collerettes recouvert d'un cardigan brodé. Pourtant la jeune femme
vient de poser nue dans un des plus grands magazines de la capitale
chinoise vendus à 500000 exemplaires par mois.
Un nu un peu
particulier pour le magazine Trendshealth qui a décidé de consacrer une
trentaine de pages au cancer du sein. Les plus grandes stars chinoises
se sont dévêtues, sur les pages noires et blanches, entourées d'un
ruban rose, symbole du mouvement pour la lutte contre ce type de
cancer, initié par Estée Lauder, il y a quinze ans.
Chen
Guang n'a, elle, rien d'une vedette. Elle est pourtant devenue l'icône
de ces femmes à qui la maladie a ôté un sein et qui ont choisi l'option
de la chirurgie esthétique; une pratique encore peu courante en Chine.
La
jeune femme a fermement pris la pose, le torse bombé, exhibant un sein
refait désormais sans mamelon. « J'ai choisi de poser nue pour que les
femmes cessent d'être terrifiée par cette opération. On m'a refait le
sein et j'ai trouvé cela beaucoup mieux que ce que j'imaginais. J'ai
même réussi à me dénuder devant un appareil photo », explique Chen
Guang.
« Le seul cancer qui abîme le corps de manière aussi visible»
C'est
la cinquième année que le mouvement Ruban Rose de prévention contre le
cancer du sein fait campagne en Chine. Pour Sun Yajin, rédactrice en
chef de la revue, c'est une des plus importantes actions du magazine.
En
Chine, les photographies de corps nus sont systématiquement interdites.
Une censure à laquelle la revue semble avoir échappé.
« Les nus
sont d'abord là, certes, pour créer un choc dans l'opinion. Mais le
cancer du sein est aussi le seul cancer qui abîme le corps de manière
aussi visible. L'idée, en faisant poser des stars sublimes et dénudées,
c'est de susciter chez les femmes le désir de conserver un corps
complet et de leur faire prendre conscience qu'il peut se détériorer.
Nous avons aussi pris l'option de ne mettre que des photos en noir et
blanc pour insister sur les lignes du corps et non sur le côté sexuel
et provocateur de la nudité », explique Sun Yajin.
Et ce n'est
pas la première fois qu'une femme ordinaire exhibe son corps dans le
magazine. En 2005, une jeune femme exposait un sein solitaire, un ruban
rose dessiné au rouge à lèvres sur la cicatrice de sa poitrine amputée.
Des cas en hausse
En
plus de frapper fort, cette campagne intervient à un moment « propice
». Le Centre de Pékin pour le contrôle et la surveillance des maladies
a récemment révélé qu'un nombre croissant de femmes chinoises souffre
d'un cancer du sein.
Un constat encore plus alarmant dans les
grandes villes, avec un taux de prévalence en 2007 de 55 femmes sur 100
000 à Shanghai - soit une augmentation de 31% des cas sur les dix
dernières années - et de 45 femmes sur 100 000 à Pékin, en hausse de
23%.
A qui la faute ? Les spécialistes pointent le
changement du mode de vie des femmes chinoises. Régimes alimentaires
non équilibrés et dangereux, environnement néfaste et stress accru au
travail, un condensé de facteurs négatifs qui affectent en premier lieu
les jeunes urbaines.
A 37 ans, Chen Guang fait partie de la
classe moyenne chinoise et n'a eu aucun mal à financer ses traitements
et son opération. « Quand j'ai appris la nouvelle je me suis effondrée.
Mon médecin, Mme Li m'a sèchement fait remarquer que j'avais l'argent
pour me soigner et que je n'avais, du coup, aucune raison de pleurer »,
raconte-t-elle.
En Chine, la sécurité sociale est fournie
par les entreprises et beaucoup de ceux qui n'ont rien de cols blancs
en sont démunis. À l'hôpital « n°3 » de Pékin, le docteur Li, chef du
service des cancers du sein, en fait tous les jours l'expérience. «
Beaucoup de mes patientes ne peuvent pas se soigner jusqu'au bout.
Elles ne peuvent souvent financer qu'une partie du traitement. C'est ça
notre plus grand problème » déclare amèrement le docteur Li.
Sans
compter que comme dans tous les autres pays, le cancer du sein touche
des femmes de plus en plus jeunes. « La majorité des femmes qui
viennent ici ont entre 45 et 48 ans. C'est plus jeune qu'aux États-Unis
ou en Europe », raconte la spécialiste entre deux patients. Cette
année, elle a vu 200 nouveaux cas franchir le seuil de l'hôpital.
Faire accepter la maladie
Au-delà
des chiffres, un problème de fond : « Techniquement, la Chine est au
même niveau que les autres pays. C'est sur le plan de la prévention
qu'elle a du retard. »
C'est sur ce terrain-là que la campagne Ruban Rose produit de vrais résultats.
La
spécialiste est d'ailleurs la première à approuver le geste de sa
patiente. « Des femmes sont venues à l'hôpital faire un test parce
qu'elles avaient vu la campagne Ruban rose et Chen Guang dans les pages
du magazine ».
Ces photos de femmes nues contribuent aussi à
faire accepter la maladie. Li Huiping observe que la moitié d'entre
elles est devenue dépressive avec la maladie.
Avec cet autre
constat : « Plus les femmes sont éduquées, plus elles sont dépressives
». Car les femmes chinoises plutôt favorisées sont encore plus
sensibles aux questions d'apparence. Être malade reste honteux.
C'est
la raison pour laquelle le docteur Li a décidé de monter un groupe de
discussion au sein de son service pour que ses patientes puissent
parler entre elles de la maladie. « Les médecins ne peuvent pas
grand-chose pour ces femmes dépressives. Dans ce cas, discuter de son
expérience avec d'autres victimes est plus efficace. »
Une initiative
personnelle qui mérite d'être saluée, même si la spécialiste regrette
qu'elle ne soit pas encore généralisée et financée par les services
hospitaliers eux-mêmes.
santé
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