Chine-USA : comment ne pas se faire la cyberguerre

Pour la première fois dans l’histoire, la cyberguerre figurera en tête de l’agenda d’un sommet international : la rencontre vendredi, en Californie, des présidents américain Barack Obama et chinois Xi Jinping.

Pendant des décennies, c’est la question nucléaire qui a pesé sur les relations entre les deux superpuissances de la guerre froide, l’Union soviétique et les Etats-Unis. Dans le nouveau duo du XXIe siècle, Washington et Pékin, c’est la cyberguerre, sous toutes ses formes, qui s’impose comme menace numéro un.

Les Etats-Unis et la Chine ne sont pas les seuls à se doter de capacités de cyberespionnage, cyberattaque et défense : Russes, Israéliens, Iraniens et, dans une mesure encore modeste mais appelée à croître, Français et Britanniques, sont les principaux acteurs de ce champ de bataille qui, pour être virtuel, n’en est pas moins menaçant.

La multiplication des incidents entre les Etats-Unis et la Chine a rendu ce dialogue nécessaire dans un domaine relativement nouveau où, contrairement aux guerres conventionnelles ou même nucléaires, il n’existe ni règles d’engagement, ni codes de conduite, ni même de « téléphone rouge » pour désamorcer les crises avant qu’elles ne dégénèrent.

Pas de téléphone rouge

Dans un livre paru en 2010 aux Etats-Unis, « Cyberwar », Richard Clarke, un ancien coordinateur national de la sécurité sous plusieurs administrations, républicaine et démocrate, écrivait :

« Le Président devrait placer le cyberespionnage chinois en tête de l’agenda diplomatique, et dire clairement qu’un tel comportement correspond à une forme de guerre économique. »

C’est désormais chose faite, dans un contexte tendu. Les Américains ont en effet multiplié les accusations contre la Chine :

- la semaine dernière, le Pentagone a affirmé que des pirates informatiques installés en Chine avaient réussi à pénétrer des systèmes américains dans lesquels étaient stockés les plans de plus de trente types d’armements nouveaux et sensibles, dont un nouveau modèle d’avion furtif ; dans son rapport annuel sur la Chine, paru début mai, le Pentagone accusait pour la première fois le gouvernement et l’armée chinoise d’être derrière les attaques informatiques qui visent ses programmes ;

- en février dernier, une société de surveillance américaine révélait, preuves à l’appui, après un travail de six ans, qu’une partie de l’activité d’espionnage chinois provenait de l’Unité 61398, cybercellule secrète de l’armée chinoise basée à Shanghai ;

- en janvier dernier, le New York Times et plusieurs autres médias américains accusaient la Chine d’avoir pénétré leur système informatique à des fins d’espionnage, récupérant en particulier les mots de passe de leurs journalistes.

Chacun sait que l’autre se prépare

A ces quelques exemples, la Chine oppose, évidemment, un démenti de circonstance, et affirme en avoir autant contre le cyberespionnage américain, sans toutefois donner de détails.

Ils n’en ont pas besoin : les Américains ont eux-mêmes officialisé leur action dans le domaine de la cyberguerre, en reconnaissant la paternité, avec les Israéliens, du virus informatique Stuxnet, qui a visé les installations nucléaires iraniennes.

Chacun sait, à Pékin et à Washington, que l’autre travaille activement à développer les outils de la guerre de l’ère numérique, à former les cyberespions des temps modernes et à faire mouliner ses ordinateurs pour évaluer les scénarios hollywoodiens des guerres de demain.

L’enjeu de la négociation est donc simple : soit la Chine et les Etats-Unis parviennent à « encadrer » leurs activités cybermilitaires dans des limites mutuellement acceptables, soit celles-ci se développeront sans garde-fous, au risque d’entraîner les deux pays dans des engrenages dévastateurs.

Ce processus sera sans doute long et aussi fastidieux que le désarmement nucléaire et conventionnel au siècle précédent, ne serait-ce que par :

- la difficulté d’identifier les acteurs – hackers officieux ou cyberguerriers ?

- la complexité à « attribuer » la responsabilité des actes hostiles de cyberguerre à un pays ou un groupe d’individus ;

- la quasi-impossibilité de vérifier le respect des engagements pris.

Scénario de « war game »

Dans son livre de 2010, Richard Clarke raconte un scénario de « war game », testé dans le cadre de l’administration américaine (les Chinois en font certainement autant, même s’ils le racontent moins...), qui permet de juger de l’ampleur de la menace et des dégâts.

Dans son scénario, la Chine fait pression de manière agressive sur ses voisins en mer de Chine du Sud, autour de la possession d’îlots riches en hydrocarbures. Les Etats-Unis réagissent en envoyant dans la zone deux porte-avions américains avec leurs navires d’accompagnement, entièrement équipés. Jusque-là, c’est réaliste...

Dans la tension qui s’ensuit, la Chine isole l’Internet chinois du reste du monde, comme on sait qu’elle en a la capacité technique, rendant plus difficile la pénétration du réseau chinois de l’extérieur. Dans le même temps, selon ce scénario, la Chine lancera une attaque préventive pour empêcher le cybercommandant américain d’agir, en paralysant les réseaux aux Etats-Unis. C’est techniquement faisable, surtout lorsque les « routeurs » Cisco du réseau américain sont made in China...

Les Américains réagiraient, selon Richard Clarke, en envoyant un message « subtil » aux dirigeants chinois, une image photoshopée de leur porte-avion national en flammes en train de couler, après avoir été frappé par la 7e flotte US...

Dans l’escalade qui suit, les réseaux informatiques américains sont frappés, paralysant les trains, les avions et les échanges bancaires. Et aucune de ces attaques ne provient de l’extérieur des Etats-Unis : les Chinois ont prépositionné des « bombes numériques » dormantes aux Etats-Unis.

En représailles, les Américains tentent de frapper le réseau électrique chinois, mais Pékin a déconnecté ce réseau de l’Internet et l’a isolé en « îlots », limitant l’impact de la frappe américaine. Je vous passe les détails, mais au bout de ce « war game », les Etats-Unis retirent leurs porte-avions...

Richard Clarke en tire ces conclusions :

- la dissuasion n’a pas marché, contrairement à ce qui se passait au temps de la guerre froide avec l’URSS ;

- la « première frappe » : elle était impossible dans la guerre nucléaire sans déclencher l’apocalypse, mais pourrait être nécessaire dans la cyberguerre faute de réelle dissuasion ;

- préparation du « champ de bataille » : dans l’exemple donné, les Chinois avaient prépositionné leurs armes dans les réseaux américains, activables à volonté. C’est l’une des clés de leur succès dans ce « jeu » ;

- la cyberguerre est globale et ne connaît pas de frontières. Pour attaquer la Chine, les Américains « tirent » à partir de l’Estonie (QG de l’unité de cyberguerre de l’Otan) via le territoire russe... ;

- un conflit entre ces deux pays serait « asymétrique », notamment en raison de la capacité de la Chine à revenir à des systèmes mécaniques, alors que les Etats-Unis ont depuis longtemps basculé dans le tout numérique. De ce fait, l’excès de « modernité » devient un handicap, et une dose d’« archaïsme », un atout !

Les dégâts « collatéraux » sont aussi considérables : frappez le réseau électrique pour paralyser une armée, et vous touchez aussi les hôpitaux, vous faites dérailler des trains, vous ruinez des gens et des entreprises.

Désamorcer la cybercrise

Que peut la diplomatie à ce stade ? Une partie de la réponse tient au type de relations que pourront établir les deux géants du XXIe siècle, la Chine et les Etats-Unis.

Bill Clinton, en son temps, avait parlé de « partenariat stratégique », George Bush de « rivalité stratégique ». Partenariat ou rivalité ? C’est toute la question, qui conditionne aussi les comportements militaires.

Avec la cyberguerre, on touche à tous les domaines, à commencer par celui de l’économie. C’est là aujourd’hui que se concentrent les principales tensions, entre la puissance émergente chinoise en phase de rattrapage et d’acquisition, parfois sans foi ni loi de technologies, et l’ex-hyperpuissance qui vit mal d’avoir un nouveau challenger, après une période de pouvoir absolu qui se voulait « la fin de l’histoire »...

Barack Obama et Xi Jinping ont le potentiel de créer cette relation personnelle confiante. Mais il en faudra plus pour que cessent les actions d’espionnage et potentiellement de guerre dans un cybermonde sans régulation, dans lequel il est facile de se penser plus fort que le voisin.

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La cyberguerre est-elle réellement une nouveauté en soit ou n'est-elle qu'un prolongement des actions de "renseignement" et de propagande utilisant des techniques "nouvelles" ?



208 Datong ? 208 Batong ? 208 Hatong ? je n'ai pas trouvé...
et vraiment ça ne ressemble pas du tout à une vue aérienne réçente de Pudong.
C'est juste pour illustrer ?



Il y a quelques années ce scénario aurait été relayé dans le domaine de la science fiction. Aujourd’hui, on y est bel et bien. Pourtant, même si les américains sont les rois de la littérature dans ce domaine, ils semblent malgré tout bien mal préparés.

Johann - Cours de Chinois à Shanghai
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