Les gays chinois en quête de visibilité

Alors que le monde célèbre la journée contre l'homophobie, la communauté homosexuelle en Chine combat au grand jour pour ses droits.

« L'homosexualité est-elle venue de l'étranger contaminer la Chine? », « L'homosexualité est-elle illégale ?», « Comment une minorité peut-elle revendiquer autant de droits ?». Voici quelques questions figurant dans l'ABC sur l'homosexualité, une brochure disponible au Centre LGBT (Lesbienne-Gay-Bisexuel-Transsexuel) de Pékin. Un reflet de l'absence d'information et des préjugés fréquents sur la communauté homosexuelle en Chine.

Le centre LGBT a été créé en 2008 à Pékin avec deux objectifs : offrir à la communauté un lieu sûr pour se retrouver et jouer un rôle actif de plaidoyer pour la conquête de ses droits. Le centre dispose de locaux spacieux : une grande salle pour les activités, des bureaux, un petit salon. L'ensemble dégage une impression foutraque de local d'étudiants idéalistes. Une jeune militante, coiffée d'une perruque surmontée d'un béret, nous reçoit. Ses cheveux, Xin Ying les a coupés pour une action coup de poing inspirée par le mouvement des Femen. Elle travaille depuis un an au centre qu'elle a rejoint sitôt son diplôme acquis à l'université. Pour elle, l'adoption de la loi du mariage pour tous en France est une excellente nouvelle : « chaque nouveau pays qui adopte le mariage homosexuel contribue à améliorer la situation en Chine ». La Chine pourrait-elle adopter une loi similaire à moyen terme? « La plupart des Chinois ne connaissent rien à la situation de la communauté homosexuelle, aucune loi anti-discrimination n'a été promulguée à ce jour... Cela va prendre du temps », juge-t-elle.

Le célibat, une anomalie sociale

Le mariage en Chine est une préoccupation primordiale pour les familles. Vivre en célibataire est considéré comme une anomalie sociale, ne pas se marier comme un crime contre le clan familial. Pour les LGBT, le mariage fait donc l'objet d'une très forte pression de la part des familles. Les mariages d'apparences (形式婚姻), mariages blancs entre gays et lesbiennes, se développent sur cet impératif. Et certains de ces futurs mariés viennent s'informer au centre pour obtenir une aide juridique en vue de la rédaction d'un « contrat »  tentant de régler les sources de conflits éventuels. Parmi les sujets sensibles, la progéniture à venir. Paradoxe : ces unions ne sont pas un exemple d'égalité homme-femme et l'homme peut être tenter de reproduire le schéma patriarcal traditionnel.

Mais avec le mariage, fini le harcèlement de la famille et surtout vivent les droits sociaux. Les entreprises chinoises qui offrent une couverture sociale à leurs employés n'étendent ces droits aux conjoints qu'en cas de mariage. Lors de l'achat d'un appartement, elles n'accordent une aide financière qu'aux employés mariés. Les principales avancées juridiques pour la communauté ont été réalisées en 1997 et 2001 : décriminalisation de l'homosexualité puis retrait de l'homosexualité de la liste des maladies mentales. Même si l'homosexualité ne figure plus sur cette liste, un phénomène perdure : certains parents envoient leur enfant en hôpital psychiatrique pour le « soigner ».

Double vie

L'évolution des mentalités en revanche est plus récente. Pour Xin Ying, 2005 est une année charnière : CCTV, la télé nationale chinoise, réalise pour la première fois un reportage sur un couple gay de Chongqing, ensemble depuis dix ans, qui souhaite se marier. Depuis, une quinzaine de mariages symboliques ont été célébrés et ces unions sont devenues un moyen pour rendre visible la communauté LGBT. La visibilité, un combat dans une société où les personnes qui « sortent du placard » (出柜) sont rares. De nombreux LGBT vivent une double vie avec deux téléphones portables, deux identifiants QQ (messagerie instantanée chinoise) et deux compte Weibo (Twitter chinois).

Pour le gouvernement, la question de l'homosexualité reste une zone « grise » : les officiels ne la condamnent pas ouvertement mais leur silence demeure pesant.
Il faut dire qu'en s'appuyant sur l'exemple américain de développement du mouvement gay au sein de celui des droits civiques, les associations LGBT chinoises peuvent faire peur au gouvernement. Xin Ying déplore que « la Chine éduque ses citoyens dans le but qu'ils n'aient pas conscience de leurs droits». Derrière la conquête des droits LGBT se dessine donc celle plus large de la démocratie. Selon Xin Ying, le réseau LGBT reste pourtant rejeté par d'autres mouvements de la société civile chinoise. « Certains intellectuels disent vouloir défendre les droits des travailleurs mais ils ignorent les droits des femmes et ceux des LGBT … C'est ridicule, comment pouvez vous prétendre défendre les droits de tous sans avoir véritablement intégré le concept d'égalité? ».

Visibilité en hausse

Malgré tout, Xin Ying reste optimiste : la communauté LGBT devient plus visible, les associations se développent et les médias adoptent un traitement plus objectif que par le passé. Leur mot d'ordre est désormais de prôner la tolérance. Ces changements ont pu être réalisés grâce au développement d'Internet et des réseaux sociaux chinois. Les homosexuels ont profité de l'espace virtuel pour développer la communauté et de plus en plus de personnes ont découvert par ce biais qu'elles ne sont pas seules. Bien sûr, la censure des sites LGBT sur Internet reste présente : en 2010, Douban, un site Web de réseau social qui compte plus de 50 millions d'abonnés, a censuré des posts sur des évènements gays. Après un boycott du site par les associations, les posts ont cessé d'être supprimés.

Début 2013, Xin Ying a posé nue aux côtés d'autres féministes chinoises pour lutter contre les violences domestiques. Militante active, elle n'a pourtant toujours pas révélé sa bisexualité à son père. Sa mère est au courant. « Je suis contre », lui a-t-elle dit, sans toutefois la renier. « Hier encore, elle m'a demandé de quitter mon travail au centre LGBT et de penser plutôt à me marier! ».

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j'ai constaté que les jeunes chinois (surtout les filles) étaient plutôt tolérantes à l'idée du mariage pour tous tel qu'il est arrivé en France.
Le monde asiatique, influencé par le confucianisme/ la recherche de l'harmonie/ le boudhisme (?) est peut etre mieux disposé à cet égard que les Mondes musulman et judéo chrétien, Mondes aux interdits trés rigoureux.
Qu'en pensez-vous ?



Je suis 100% pour le mariage pour tous MAIS 100% contre l'adoption.

Rien NE sert de courir, il faut partir à point ...
ALC! Stop messing around with my sig.!



@laurent coq. Oui, moi aussi...sur le papier !
Mais j'ai changé d'avis sur l'adoption. J'ai pensé que si un de mes enfants vivait en couple homo et soit heureux comme ça je l'accepterais bien volontiers; qu'il veuille se marier ? si c'est son souhait, je l'accepterais. Et si ce couple voulait adopter un enfant ? et qu'ils en espèrent bcp de bonheur ? et qu'ils aient les qualités humaines pour faire de bons parents ? Quel parent se sentirait de leur dire "Non, vous étes des homos vous ne pouvez élever un enfants ?" En pratique, je souhaiterais que ça se fasse.
A partir du moment où la loi est passée, même si j'étais contre, je reconnais que je serais heureux que mon petit et son copain ou ma petite et sa copine puissent élever un enfant désiré.
Bien sûr on peut discuter sans fin de la capacité d'un couple de même sexe à élever un enfant; versus "l'interet de l'enfant". Mais en pratique, ces questions se posent pour tout couple qui fait la démarche. Hetero comme homo.
S'il devait y avoir une "discrimination positive" à ce sujet, ce serait scandaleux.
[le lobby homo est perçu comme influent. L'idée (à tort ou à raison) de cette influence dans les "hautes sphéres", a pu contribuer à réveiller un sentiment homophobe à l'occasion de l'affaire du mariage pour tous alors que l'homophobie n'existait plus au niveau individuel]
Je ne crois pas non plus que ce seront les plus spectaculaires des filles des chars de la gay pride qui feront la démarche en grande tenue emplumée. Ca restera "bourgeois"



Oui la société chinoise devient peu à peu plus tolérante vis à vis des lesbiennes et des pédés. D'une certaine manière on peut imaginer qu'elle va pencher bientôt plutôt en faveur du mariage gay et de l'adoption ou l'insémination artificielle accessible aux lesbiennes et pourquoi pas la GPA. En Chine ce qui compte c'est le couple, le mariage, garant de la prolongation de la famille. Le statut des filles et des femmes a déjà beaucoup changé avec la politique de l'enfant unique. Dans beaucoup de familles, les parents préfèreraient voir leur fils ou leur fille marié.ées avec une personne du même sexe et dans un couple heureux et stable que pas mariés ou divorcés après quelques années. Les chinois sont pragmatiques et cette évolution est très probable.
Laurent COQ, les homos ne vous ont pas attendu pour faire des enfants, ou les adopter, les élever et leur apprendre à respecter les êtres avec leurs différences.



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