Alors que 2012 est une année charnière pour les autorités chinoises, le contrôle sur la presse s’est renforcé au cours des derniers mois. Dans le collimateur, les journalistes étrangers qui ont de plus en plus de mal à faire leur travail.

C’est le Club des correspondants étrangers en Chine (FCCC) qui tire la sonnette d’alarme : les incidents visant les journalistes étrangers se sont multipliés en Chine au cours des derniers mois. Et la tendance est inquiétante : aux interdictions de reportage, se mêlent désormais de plus en plus des violences physiques.
Dans un communiqué, le FCCC cite plusieurs exemples récents : le 28 juillet, un journaliste japonais qui voulait couvrir une manifestation à Nantong a été battu par la police et son équipement saisi. Le 10 août, un reporter de Hong Kong a été agressé par des policiers en civil devant le palais de justice de Hefei.
L’un des incidents les plus graves est arrivé à une équipe de la chaîne de télévision allemande ARD. Le 11 août, alors que les journalistes filmaient dans une usine, ils ont soudainement été pris à parti par une foule d’ouvriers, qui les ont accusés d’être des espions, avant de les retenir pendant 9 heures dans l’usine. Ils ont dû être libérés par la police.
Insécurité
La Chine n’a jamais été une terre de liberté pour les journalistes (chinois ou étrangers), mais un tel niveau d’insécurité pour les reporters est quasiment sans précédent. D’autant que la plupart des violences sont désormais ouvertement l’oeuvre de forces de sécurité officielles, et non d’hommes de main, comme c’était souvent le cas (notamment dans l’affaire Chen Guangcheng). Certains y voient une volonté de contrôler l’information à tout prix, à la veille d’un Congrès crucial pour la succession à la tête de l’Etat. Volonté renforcée par les différentes affaires qui ont secoué la Chine récemment, à commencer par l’épisode Bo Xilai.
Mais une telle attitude des autorités pourrait se prolonger au-delà du XVIIIè Congrès, et viser à décourager toute tentative de reportage indépendant sur la Chine. Les visas sont de plus en plus difficiles à obtenir pour les correspondants étrangers qui souhaitent venir dans le pays, les autorisations de reportage ne sont souvent plus accordées, pour des raisons plus ou moins absurdes. Ce qui pourrait laisser entrevoir une nouvelle stratégie à long terme de la Chine : ne laisser accessible que la vision officielle, policée et contrôlée, afin de projeter à l’extérieur de l’Empire du milieu l’image de la propagande officielle, véhiculée par Chine Nouvelle et CCTV. Une application toute trouvée du « soft power » chinois.
Heureusement, on n’en est pas encore là, mais on est bien loin des promesses d’ouverture faites au moment des JO de Pékin, et de la nouvelle loi (toujours en vigueur, mais rarement appliquée) qui promettait une liberté de mouvement totale aux journalistes. Les événements de ces derniers mois prouvent, s’il en était besoin, que la Chine n’usurpe pas sa 174è place sur 179 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse.
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« Faire leur travail » ? ?
lire: « faire l’article qui plaira à nos chers lecteurs »
Tant qu’à écrire des articles formatés sur la Chine c’est plus confortable de les écrire de France (Chinois corrompus, mangeurs de chien, esclaves, pollueurs, destructeurs, dictature, méchants avec le Dalaï Lama, etc)
je ne crois pas que ce soit une semaine au Sofitel local qui leur ouvre les oeillères.
La presse n’est plus une presse d’information, c’est devenu une presse d’opinion.
De l’opinion publique à la presse d’opinion, on se demande qui a fait l’oeuf et la poule.
C’est vrai, heureusement que les autorités chinoises interviennent sur le terrain pour empêcher cette détestable presse d’opinion de propager ses mensonges. Prendre le mal à la racine, c’est essentiel, et cela permet aux vrais enquêteurs de CCTV de faire leur travail objectif, en ne relayant que la vérité du Parti.
Je suis d’accord avec fang fang. Les articles de la presse francaise manquent cruellement d’objectivite et sont tres orientes concernant certains pays.
Exemple ici avec une analyse pertinente sur l’etat d’esprit de nos journalistes : http://www.les4verites.com/Haro-sur-Poutine-4726.html
Tout est dit sur cette perversite 😉
Meme si je ne suis pas d’accord avec la position chinoise, les Chinois ont peut etre raison.
@yunnan imperial,
les restrictions vis a vis des journalistes liés à FCCC sont ciblées…, elles n’affectent pas l’ensemble de la presse internationale comme veut le faire croire l’article.
FCCC, regroupe des journalistes d’une presse anglophone (EU, GB, HK) trés hostile aux autorités chinoises.
Ils ne sont pas les bienvenus ? curieux…
@fang fang : donc les autorités chinoises ont raison d’empêcher le travail des journalistes étrangers (voire de les frapper), s’ils font partie du FCCC ou s’ils sont anglo-saxons ? D’après l’article, j’ai l’impression que l’interdiction est effectivement ciblée : pas le droit de travailler quand il s’agit de parler de choses qui fâchent… J’imagine que la presse étrangère peut faire des articles sur la fête de la bière à Qingdao sans trop de problème, mais est-ce que c’est normal de ne pouvoir faire que ça ?
L’information est une arme coûteuse mais puissante.
Ceux qui ont le pouvoir sont en position pour s’en emparer et ils ne s’en privent jamais.
En France, il est d’usage de citer les sources d’information chinoises en pouffant de rire. La Chine est sous accusation constante de mensonge.
De quels moyens dispose vraiment la Chine pour se défendre sur le plan médiatique à l’étranger ?
Analysez un peu la guerre médiatique sous l’angle des rapports de forces…
Le reporter en Chine qui ne revient pas avec des scandales et des monstruosités dans sa besace est-il considéré comme un professionnel ? Quelles sont ses chances d’être publié ?
La Chine perd la guerre médiatique, c’est clair.
Et c’est très dangereux.
N’ayant pas les moyens de contrôler les choses finement, elle perd tout crédit, y compris auprès de sa population qui est avide des vraies vérités cachées comme seuls les médias étrangers savent les produire.
Par rapport a ce qu’ecrivent les journalistes « etrangers » et ce que j’observe sur le terrain, il y a veritable un decalage. Beaucoup de gens ayant ete en Chine ont temoigne de ce decalage.
En fait, si on reflechit un peu, ces journalistes ne sont pas des journalistes mais plutot, si on reste objectifs, des militants politiques ou des propagandistes. La Chine a en fait raison de les interdire.
Pas de reflexions ou analyses objectives mais de la propagande anti-chinoise? Non merci. Normal.
@EnDirectdeChine, peux-tu nous éclairer sur la réalité que tu observes sur le terrain ? Et quels sont donc, alors, les sujets que les journalistes étrangers peuvent traiter pour ne pas se faire taxer d’anti Chine ?
En Direct de Chine parle comme Chine Nouvelle : « beaucoup de gens ont témoigné ». Mais qui ? Quoi ? Dire des banalités ne permet pas tout. Soyons précis !
Bon en même temps il est logique avec lui-même, ce 5 mao, brutus jusqu’au bout !
Bonsoir,
L`information est controlee en Chine et la propagande entretenue.
Comment voulez-vous que les journalistes etrangers soient les bienvenus, eux qui justement peuvent se reveler un contre-pouvoir au gouvernement chinois (quelles que soient leurs intentions) ?
Et dans les circonstances actuelles (passation de pouvoir), les consignes sont plus strictes (pour tous les journalistes).
Normal.
Le seul truc derangeant c`est le caractere grandiloquent de l`article, le reste, on connait.
Dis, endirectdechine, je t`ai jamais demande, quel est ton niveau de chinois ?
Yann : la realite est que les Chinois sont bien plus libres qu’on pourrait le penser. Ils possedent une liberte d’esprit assez remarquable, qu’on ne trouverait que rarement en France a cause du politiquement correct.
Beaucoup de gens comme tous mes amis expats vivant en Chine ont temoigne de ce fait, comme le sculpteur Sauleterre, qui, voulant essayer une fois d’evoquer la realite du terrain a la television francaise, en precisant que les « Chinois, je cite, ne pas sont diriges avec un fouet comme on le croirait en France », a ete censure par les medias francais.
Pour les journalistes qui sont, comme le dirait l’intellectuel Pierre Menou, « comme des nains tentant de cracher sur les géants » (95% des journalistes francais), on n’a pas besoin qu’ils nous rattrapent en Chine pour nous faire apprendre par coeur comment il faut voir la realite du monde selon eux. On a deja un peu pris l’overdose en France. Alors la non merci.
Par contre, je trouve que les violences physiques contre ces journalistes sont vraiment stupides. Encore que parfois ce sont des ouvriers des usines qui s’en prennent spontanement a eux (il faut se demander pourquoi). Les refus de visas sous divers pretexte est plus intelligent. Ca nous evitera de lire leur desinformation et leurs articles a sens unique a longueur de journee.
Sinon Yann tu merites bien les 5 maos pour avoir appris ta lecon de bien pensance par coeur a partir de nos medias 😉
Manubj. Tu m’as deja pose cette question et je t’ai deja repondu : assez bien pour comprendre les dialogues des Chinois entre eux dans la rue.
La seule chose que je peux dire, c’est merci à ManuBj ou à Yunnan Impérial pour leur courage pour affronter le torrent verbal des petits télégraphistes de Pékin. Ca parait bête, mais beaucoup abandonnent la partie, car il n’y a rien à discuter avec EnDirectdeChine et consorts, qui est soit un Chinois salarié de la propagande, soit un Français dont la sinisation frontale est le signe d’un traumatisme précédent.
Dans tous les cas, que les esprits libres continuent de dire ce qu’ils pensent, ne laissons pas le monopole du net à la propagande chinoise.
En fait, pour ceux qui s’interrogent sur ce que je veux dire concernant l’information extremement orientee de la presse francais, mais aussi occidentale, qui conditionne litteralement ce qu’on pense, et ce qu’on doit penser en general,
demandez-vous pourquoi est ce qu’il y a autant d’abatage mediatique en ce moment sur cette affaire des 3 punkettes russes condamnees a 3 ans de prison (la loi russe sur les profanations d’eglise en prevoit 7), et presque aucun commentaire sur les dizaines de mineurs grevistes qui ont ete fusilles par la police sud africaine ou encore ces manifestants antigouvernementaux dans la gentille Inde qui se sont faits tuer, tout recemment, par les forces de l’ordre?
EDIT : Et je parie que les « esprits libres » regardent la Russie de Poutine d’un mauvais oeil et la tres grande democratie indienne, encore hier, avec un oeil tres favorable. Je me trompe? Allez ne me dites pas que vous ne repetez pas ce que vous dictent nos medias.
« Les esprits libres »… oui on connait…
@EnDirectDeChine
En fait, je sépare 2 choses en matière d’information: les sujets que je ne maitrise pas et ceux que je maitrise plus.
Autant, je suis certainement une bonne machine à répéter la propagande occidentale sur les sujets type Inde, Russie, Mexique, Afrique du Sud etc… Autant, sur la Chine, la Démocratie, la Liberté, je revendique la capacité de me faire ma propre opinion puisque je pense avoir dépassé le stade de néophyte. Même si bien sûr « plus on en sait, moins on en sait ».
J’en veux pour preuve que sur ces sujets, je suis même capable de critiquer mon pays. De même que je n’ai pas trop peur d’en débattre sur un forum.
Et d’ailleur, sur ALC, on a quand même affaire à un public plutôt fin connaisseur. Ça se voit au nombre de critiques que certains articles se prennent de la part de tous et au niveau de certains commentaires qui emmènent le sujet de l’article au delà de ce que le journaliste à rapporté.
Lem, je reconnais moi meme que la censure en Chine est plus « hard » qu’en France.
Mais je me demande si cela va parfois dans le bon sens comme lorsque la Chine a censure le mot « Jasmin » pour prevenir la subversion.
Et lorsqu’on voit ce qui se passe actuellement dans la nouvelle democratie tunisienne, ou Ftouh Souhail a rapporte qu’une plage autrefois ouverte au monde entier a ete interdite aux touristes occidentaux, on peut se demander si une revolte democratique en Chine serait si benefique pour le peuple chinois a l’heure actuelle.
Pareille reflexion sur la censure peut concerner egalement notre grande presse nationale ou on a pris soin recemment de ne pas reveler le nom d’un assassin parqu’il etait musulman (voir l’affaire Vladimir/Souleiman en Bretagne). Ce genre de censure peut etre defendable si la France veut eviter des vagues de ressentiment ou de protestations anti-immigrationnistes.
Pour revenir aux journalistes du FCCC, leur grand defaut, c’est qu’ils ne recherchent pas a rapporter une information objetive, comme le souligne Jean, mais une information partisane.
L’essayiste Robert Hureaux avait recemment decrit que le principal defaut de nos reporters en Chine ou ailleurs est « la deformation moralisante de leur esprit qui les pousse à chercher dans toute situation nécessairement complexe une vision manicheenne (des bons et des mechants). Cette approche présente pour eux plusieurs avantages : elle permet de comprendre vite (ou d’avoir l’impression de comprendre) une situation compliquée ; elle fait de chaque journaliste un missionnaire ou un justicier, non seulement rapporteur de faits mais agent du bien et, ce faisant, elle coïncide assez avec la psychologie de grand adolescent idéaliste. Enfin, il est bien connu que présenter les choses, que ce soit dans un article ou dans un livre, en blanc et noir, attise l’attention du public, là où une présentation toute en nuances pourrait l’ennuyer. »
Lorsque je lis Yann, j’ai vraiment l’impression d’avoir a faire a un grand adolescent idealiste qui se prend pour un « agent du bien », comme le dirait l’essayiste Robert Hureaux.
Dans les démocraties, la liberté de la presse a toujours permis d’ouvrir les esprits et de faire progresser la réflexion des peuples.
Dans les dictatures, la presse libre a toujours été considérée comme un contre-pouvoir dangereux.
Et dans toutes les dictatures, on justifie le contrôle de la presse par les arguments liés à la nécessité de défendre une objectivité de traitement de l’information.
Dans les démocraties, l’objectivité n’existe pas mais la pluralité des vues permet de se forger une opinion.
Dans les dictatures, on ne veux voir qu’une seule tête…avec la mêmes idées à l’intérieur.
Certains défendent cette censure, comme on peut le voir ici. C’est bien évidemment leur droit. Mais la Chine de CCTV est elle la Chine vécue au quotidien par les Chinois ?…
Et la Chine peut elle faire l’impasse sur l’échange des idées alors qu’elle doit faire face à des choix politiques, économiques, sociétaux majeurs ?
Je laisse cela à la réflexion des lecteurs.